Livres

Donald Trump et les réfugiés

«La Vérité sur Donald Trump» est paru en avril, bien avant que quiconque ne prenne au sérieux le tribun populiste

C’était au Salon des petits éditeurs au Grand-Saconnex à Genève, samedi 12 novembre. Parmi les stands, celui d’Hélice Hélas, la maison veveysanne. Entre les publications, l’une attire l’œil immédiatement: «La Vérité sur Donald Trump» par Dick Joekers. La victoire de l’homme d’affaires remonte à quelques jours à peine. Sur la couverture, le nouveau président américain dans une de ses moues caractéristiques, mi-rire contenu, mi-baiser lippu. On feuillette pour savoir de quoi il retourne. Première surprise, le livre a été publié en avril 2016. Voilà un auteur qui sait sentir son époque alors que personne ne prenait encore l’ancien animateur de téléréalité au sérieux, se dit-on.

Baiser lippu

On tourne quelques pages. «Ce livre est une fiction. Je n’ai pas l’intention de relater des faits réels. De toute manière, les faits deviennent fiction dès l’instant où ils entrent en contact avec l’esprit humain», prévient Dick Joekers en préambule. Qui est ce Dick Joeckers? Deuxième surprise: dans une note, les éditeurs expliquent qu’ils ont reçu le manuscrit de «La Vérité sur Donald Trump» par la poste, début mars 2016, et qu’ils ne connaissent pas Dick Joekers. «Nous n’avons jamais entendu parler de lui. Nous avons cherché dans les pages blanches, sur Google… rien.» Sur leur stand, les éditeurs sont là et confirment qu’ils ne savent rien, qu’il ne s’agit pas d’une convention littéraire. Le manuscrit a été posté depuis la Suisse, ça, c’est sûr.

«I love you»

En fait, on l’apprend quelques jours plus tard, c’est l’écrivain américano-suisse Jon Ferguson qui se cache derrière le pseudonyme clin d’œil à Joël Dicker. L’auteur de «La Dépression de Foster» reproduit ici très bien la puissance oratoire de Trump, sa capacité à faire croire que le réel n’existe pas, qu’il se tient lui et ceux qui l’écoutent dans ses meetings, dans un jeu télévisé qui ne s’arrêterait jamais. Il ne cesse de dire des «I love you» à toutes et à tous. Le verbe populiste est contagieux, tout le monde le sait. Jon Ferguson fait du tribun et de sa garde rapprochée un portrait très crédible.

L’antidote parfait

Quelques jours à peine après cette lecture, on tombe sur son antidote parfait: «La Cuisine des réfugiés» (Helvetiq). Un livre de recettes qui fait du bien, qui redonne foi dans l’humain, qui met de bonne humeur. Séverine Vitali et Ursula Markus sont allées à la rencontre des réfugiés dans leurs foyers d’hébergement à Zurich et alentour et leur ont demandé de réaliser leurs recettes préférées. Les textes, les photos, des rires, beaucoup d’émotions, des plats superbes et cette dignité qui fait se tenir droit, jusque dans l’adversité. Rien ne peut renverser l’amour, se dit-on en refermant ce livre de cuisine pas comme les autres.

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