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Donald Trump dans le Maryland, 23 février 2018.

Culture

Donald Trump, un défi pour les séries TV

Série politique pertinente depuis ses débuts, «Homeland» revient pour une septième saison. Avec ses éructations et ses excès, le véritable président constitue une matière de fiction aussi difficile que rêvée

Cette fois, l’ambiance était différente. Chaque année, les auteurs principaux de la série Homeland, Alex Gansa et Howard Gordon, emmènent leurs scénaristes, la productrice ainsi que les acteurs Claire Danes (Carrie) et Mandy Patinkin (Saul) dans un «séjour de terrain» à Washington. La série proprement dite est tournée à Richmond, en Virginie. Pendant cinq jours dans la capitale fédérale, l’équipe de Homeland rencontre des experts, notamment dans les services de renseignement, et des observateurs en tout genre. Non sans tensions, naguère: pendant les cinq premières saisons, la CIA n’a cessé de critiquer la série.

A propos de la saison 5: «Homeland» ou le chenil du monde

Lors de la réunion en vue de la septième saison, alors que Donald Trump avait été élu quelques mois auparavant, les propos tranchaient, a raconté Alex Gansa au journal anglais The Independent: «C’était la première fois depuis toutes ces années que les gens du renseignement étaient toujours du même avis que les journalistes. A vouloir insister sur l’importance de la réflexion basée sur des faits solides.» A peine sous-entendu: face à une administration qui a quelques difficultés avec la réalité.

Lire aussi: La vraie Maison-Blanche, plus fort qu’une série TV

Faire «Homeland» sans Hillary Clinton

La septième saison de Homeland est diffusée aux Etats-Unis et sur certains canaux en Suisse depuis mi-février, et l’exercice d’équilibrisme des auteurs est délicieux à suivre. Pour mémoire, dans le sixième chapitre de cette fiction géopolitique, ils avaient misé sur une victoire de Hillary Clinton en novembre 2016: leur nouveau président était une présidente. Dans une mémorable interview au Hollywood Reporter après l’élection, Alex Gansa s’était exclamé: «Ma première réaction a été de me dire: Oh, mon Dieu! Nous sommes maintenant complètement à côté de la plaque!… Il m’a fallu du temps pour que ce sentiment s’estompe.»

On a appris par la suite que les auteurs ont réécrit certains épisodes de la sixième saison. C’est ainsi que la présidente naguère exemplaire, ayant perdu son fils en Afghanistan, bassement attaquée par un agitateur du Web sur son site de fake news, est devenue douteuse. Voire méchante. Elle s’est trouvée en porte-à-faux avec ses propres services de sécurité nationale – comme Donald Trump – et elle a commencé à faire le vide d’air autour d’elle, licenciant ou faisant incarcérer d’anciens proches. Presque comme le vrai président – dans son cas, ce sont plutôt les démissions qui provoquent le vide d’air.

Une fiction toujours passionnante

Les deux compères de Homeland ne cessent de le dire, la série fonctionne selon sa propre fiction. «Il ne s’agit pas du tout de l’administration Trump», insiste Alex Gansa, avant de glisser: «Mais puisque nous écrivons presque en temps réel, le monde réel peut avoir une influence.» La prudence du scénariste se comprend: il ne voudrait pas que l’on prenne Homeland comme l’envers fictif du miroir de la présidence américaine actuelle. Si cette série, la seule actuellement qui empoigne vraiment les questions de politique étrangère américaine, devait être l’exacte expression de l’évolution du pays, la pression serait trop forte.

N’empêche. Toujours passionnante, malgré ses occasionnelles caricatures des pays décrits, Homeland acquiert un nouvel intérêt avec ce septième volet, alors que le locataire du 1600 Pennsylvania Avenue éructe sur le monde entier par ses gazouillis rageurs. La tension entre Claire et la présidente atteint son comble. Cette dernière apparaît toujours plus comme un potentiel tyran, bousculant l’équilibre démocratique nationale par des décisions tranchées. Presque vicieux, les scénaristes laissent augurer une alliance objective entre l’héroïne et le crapuleux débiteur de fausses nouvelles; malgré le fumier sur lequel il pousse, celui-ci deviendrait un quasi-rempart démocratique face à la dérive du pouvoir.

A propos du livre de Dominique Moïsi qui analyse «Homeland»: Les séries TV racontent si bien la peur du monde

Les séries sont restées politiquement prudentes

Si Donald Trump a son bataillon d’imitateurs et de contempteurs, le monde de la fiction se montre encore prudent. Les excès du vrai patron semblent déconcerter les auteurs autant qu’ils leur posent un défi. Lors d’une brève interview pour Le Temps, à l’automne passé, Aaron Sorkin, le créateur d’A la Maison-Blanche, lançait: «Je ne doute pas que tout scénariste vivant rêve à chaque seconde d’écrire sur ce qui se passe à la Maison-Blanche. C’est si énorme et si terrifiant à la fois que chacun voudrait capturer cette actualité et en faire quelque chose par écrit. Bien sûr, moi aussi, j’aimerais être aux commandes d’une série politique en ce moment. En même temps, je ne regrette pas d’avoir conçu un feuilleton sur un président, Bartlet, qui était purement de fiction, qui avait ses travers, ses défauts, mais qui, au final, avec son équipe, voulait faire quelque chose de bien.»

Alors que le cinéma américain a une riche tradition de films politiques depuis au moins Mr Smith au Sénat (1939, déjà), les séries sont restées prudentes. Quand, au début des années 1990, les Anglais cassent la baraque politique avec House of Cards – le féroce roman de Michael Dobbs puis la série créée par Andrew Davis –, les Américains demeurent prudents. A la Maison-Blanche a ouvert la voie, en proposant une attitude pour la fiction: le bon Bartlet contraste avec le brouillon George W. Bush, empêtré dans l’après-11 septembre 2001.

Le naufrage de «House of Cards», les fous rires de «Veep»

Aujourd’hui, indépendamment du destin personnel de Kevin Spacey, l’actuelle House of Cards n’en finit pas de couler dans son cynisme lassant et sa paresse intellectuelle. Elle n’apporte plus rien au genre. Le registre caustique se révèle plus intéressant, avec l’extraordinaire Julia Louis-Dreyfus en vice-présidente foutraque dans Veep, d’Armando Iannucci.

A ce sujet, en 2013: «Veep», la parodie politique en mode perçant

Divertissement sans grande prétention, Designated Survivor, avec Kiefer Sutherland, offre, presque par surprise, quelques justes résonances qui font sens. Le héros accède à la présidence sans l’avoir voulu, ce qui est prêté à Donald Trump. Il fait face aux multiples tentacules du terrorisme, y compris à l’interne. Il doit aussi composer avec des Etats réticents, à l’image des tensions entre Washington et certains gouverneurs, sur l’immigration ou l’environnement.

L’administration Trump aura sa série

Et il reste Carrie Mathison, l’héroïne de Homeland, toujours agaçante, mais qui continue d’animer les Affaires étrangères de la première puissance face au vieux grigou des barbouzes, Saul.

Cependant, la fiction a horreur du vide et l’ère Trump aura bien son reflet propre. Les droits du livre coup de poing de Michael Wolff Le Feu et la Fureur ont déjà été acquis par Endeavor Content, une agence dont des entités ont œuvré, en TV, pour The Night Manager, The Young Pope ainsi que la nouvelle série de Beau Willimon, celui qui a greffé House of Cards à Washington. Il reste à trouver un acteur crédible pour incarner le boss.


Avant le président, le bateleur dans des séries

Il est apparu dans plusieurs séries, en son nom propre, s’agitant face à l’adversité réelle ou supposée. Comme en 1994, dans un épisode du Prince de Bel-Air, la série qui a lancé Will Smith, dans lequel l’invité Trump se désolait du fait que tout le monde lui en veut.

Donald Trump est crédité comme acteur dans 22 productions, dont des bribes de téléréalité. Il a eu sa propre émission, The Apprentice.

Dans la fiction, il est intéressant de noter qu’il apparaît toujours tel qu’en lui-même. Il est un caméo portatif. Comme si son visage lui-même était une marque placée là, une vedette de l’extérieur qui vient faire souffler une brève bourrasque dans la routine du feuilleton. Dans Spin City, il porte le large costume du bâtisseur fortuné face au pitre de maire.

Il est un moment un peu moins clinquant de la Trump Corp à l’écran, c’est dans Sex and the City, en 1999, l’épisode titré «The Man, the Myth, the Viagra» (le 2x08, en 1999). La délurée Samantha Jones voit le milliardaire au fond d’un bar. Les intentions de l’une comme de l’autre ne sont pas claires, il y a un coup d’œil, tout ceci se joue de manière fugace. Dans l’écosystème de la Grande Pomme que fut Sex and the City, ces quelques secondes tenaient de la quintessence de New York. A présent, l’homme à la mèche dort à Washington, DC.

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