Des mères qui meurent à répétition sous les yeux ébahis de leurs fils. Si l’on s’en tient à la classique comparaison entre la Terre et la mère, on peut dire que Fabrice Gorgerat est conscient de l’inexorable déclin de la planète. Dans Peer ou, nous ne monterons pas Peer Gynt, à voir à la Grange de Dorigny jusqu’à ce samedi, le metteur en scène organise un tableau aux entrées multiples où la mère n’est plus une figure nourricière, mais un personnage exposé qui, à plusieurs reprises, passe de l’autre côté. Autour de ce point de fragilité, l’eau coule et le sol tremble sous le poids des acteurs. Comme pour rappeler que nous sommes les propres auteurs de ce monde qui s’apprête à nous avaler.

Fabrice Gorgerat travaille depuis plusieurs années sur la notion de catastrophe avec des penseurs et des scientifiques de haut vol, à commencer par Yoann Moreau, anthropologue et dramaturge éclairé de la Cie Jours Tranquilles. Après Fukushima, catastrophe dont la compagnie a souligné le côté invisible en la comparant au meurtre muet de Médée, après l’ouragan Katrina qu’elle a relié à l’ubris consommatrice en l’associant au matérialiste Stanley dans Un tramway nommé désir, Jours Tranquilles a questionné Orlando l’an dernier et renvoyé chaque spectateur à ses responsabilités face à ce massacre qui, en 2016, a vu un forcené tuer 53 personnes dans un bar gay.