Lectures

D’Ormesson l’antidote

Jean d’Ormesson est un charmeur. Lorsqu’il reçoit les journalistes à son domicile de Neuilly, la banlieue parisienne chère à Nicolas Sarkozy, cet auteur prolifique si habile à dresser le portrait des mœurs françaises, vous dresse volontiers la liste des personnalités qui ont défilé avant vous. Il y a quelques jours, l’auteur de Comme un chant d’espérance recevait ainsi, à déjeuner, un duo inattendu: Madame le secrétaire perpétuel de l’Académie française Hélène Carrère d’Encausse et le leader du Front de gauche Jean-Luc Mélenchon. Pour parler politique? «Non, philosophie, poésie, littérature…» raconte notre interlocuteur, calé dans un canapé encombré d’une pile de lettres et d’invitations. A Genève ce mardi, Jean D’Ormesson est l’invité de la Société de lecture. Il sera à partir de midi au Théâtre de Carouge. La Suisse? «J’ai pensé sérieusement à m’y installer, sourit-il. Mais l’on m’aurait accusé d’y aller pour de basses raisons financières alors que tous mes avoirs sont déclarés…»

Facile, avec un tel auteur, de se perdre en digressions sur l’actualité politique française. Le propos de son dernier livre est toutefois à l’opposé: c’est de Dieu qu’il s’agit ici, encore une fois. De cette relation entre Dieu et les hommes. Entre Dieu et la science. Un Dieu auquel Jean d’Ormesson affirme croire sans rien cacher de ses doutes. Un Dieu qui nous guette à l’orée de la mort: «Nous faisons tous un pacte avec la mort dès notre naissance, poursuit-il. C’est cela que je trouve fascinant. La mort est là, toujours, tapie en nous. Nous sommes condamnés à l’apprivoiser.» Tiré d’affaire après un grave cancer l’an dernier, Jean d’Ormesson sait encore mieux aujourd’hui trouver les mots pour exprimer les doutes, les envies, et ce mur de questions que dresse la science…

Le mot-clé de l’ouvrage, sorte de nouveau traité du bonheur écrit par un auteur inquiet de voir la France s’enfoncer dans la déprime chronique: l’espérance. Aussi bizarre que cela puisse paraître, l’ancien directeur du Figaro, conservateur patenté, est à sa manière un antidote contre le «déclinisme» tellement en vogue. Il faut écouter Jean d’Ormesson parler de Dieu, mais aussi de son enfance dans le Paris de la guerre. Il faut l’entendre conter la colère d’un Raymond Aron, lorsque Le Figaro tomba dans les mains de Robert Hersant. Chacun de ses livres est un pan de mémoire. Une mémoire heureuse, contre vents et marées.

Théâtre de Carouge, dès 12 heures. Renseignements: www.societe-de-lecture.ch