L'Expo est là. L'humeur n'est plus aux lamentations pécuniaires, aux pilotis qui chancellent, aux managers confus et aux concepts filandreux. Dans un peu plus d'un an, les visiteurs des arteplages des Trois-Lacs auront éclipsé le langage technocratique et les talk-shows institutionnels qui ont escorté une gestation pour le moins douloureuse.

Aujourd'hui, le besoin se fait plus pressant de rêver au Grand Soir, d'en savoir davantage sur ce que nous verrons concrètement à Expo.02, en emboîtant le pas à Nelly Wenger qui, depuis le grand tournant de 1999, opère un périlleux travail de redressement. En 2002, on saura alors si elle a réussi là où tant d'autres se sont cassé les dents.

Besoin de rêver. C'est pourquoi nous sommes sortis des bureaux et des conférences de presse officielles pour aller voir les mains et les cerveaux qui travaillent déjà à l'élaboration des expositions. Qui y consacrent un temps considérable, y dépensent une énergie qu'ils ne comptent pas. Leur enthousiasme est communicatif, dans un contexte où l'on a souvent relevé, a contrario, de sévères tares de communication.

A Neuchâtel, des robots qui n'ont rien à voir avec ceux de Star Wars seront littéralement lâchés dans la foule. Effet garanti. A Bienne, un détecteur de mensonge fera assurément fureur. A Yverdon, une quinzaine de cinéastes livreront leur scénario personnel de la toponymie suisse. A Morat, des artistes mettront en scène, dans un jardin, la violence qui habite les humains en la nichant discrètement dans les fleurs et les plantes. Enfin, l'arteplage mobile des Jurassiens, sous la forme d'un vaisseau de corsaires prêts à tout, promet des happenings dont le spectaculaire n'a d'égal que l'essence subversive.

Avec tout cela, Expo.02, sous la houlette de son directeur artistique Martin Heller, déploie ses prémices identitaires: c'est bel et bien à une gigantesque manifestation culturelle et artistique que nous allons être confrontés. Avec ses mises en scène, ses futures vedettes et le risque que prendra chaque visiteur en se rendant au spectacle. Parce qu'un spectacle, ce peut être bon, mauvais ou médiocre. On le vit dans ses tripes ou il nous glisse entre les doigts comme l'eau sur les plumes d'un canard. Mais les travaux présentés aujourd'hui montrent que les risques sont désormais limités de nous réveiller pigeons ou dindons de la farce.