Pornographie!, s'est écriée une partie de la critique à Berlin. Puis Intimité a remporté l'Ours d'or. Le huitième film de Patrice Chéreau sort mercredi prochain. Il s'agit de son meilleur. Et il contient, c'est vrai, des scènes de sexe entre un homme et une femme d'âge mûr. Sans paroles. Sans préparation dramatique non plus. Puisque, ici, les amants, inconnus l'un pour l'autre et uniquement complices dans l'acte, se libèrent. Simplement, en caressant un peu de bonheur à la sauvette. Du sexe sans amour, avec plans frontaux sur les érections de l'acteur Mark Rylance.

Ces séquences crues et douces sont le nécessaire embrayage dramatique du film, bientôt submergées par des sentiments qui les laminent: le besoin, le manque, la jalousie. Intimité est donc l'histoire de deux personnes qui passent à côté de l'amour et ne garderont probablement que le souvenir d'un partage avec un(e) inconnu(e). Ils se touchent, se sentent, se regardent à peine. Le résultat, à l'écran, est suprêmement délicat.

Pornographie? Non, car Intimité n'est pas le troisième acte des scandales provoqués par Romance et Baise-moi. Il est leur antidote. Pour deux raisons au moins. Primo, Chéreau n'illustre pas un discours de révolte: il ne réduit pas l'infamie éventuelle de la gent masculine à l'usage de ses attributs sexuels (jusqu'à preuve du contraire, l'impuissance ne protège pas de l'ignominie). Secundo, Chéreau, virtuose directeur d'acteurs, n'a pas besoin de pros du porno qui bougent comme ils parlent: mécaniquement. Devant sa caméra, Kerry Fox et Mark Rylance sont magnifiques dans le don simple de leur personne.

Quand on le rencontre aujourd'hui, Chéreau regrette peu le théâtre, qu'il a volontairement laissé sur le bas-côté de sa fantastique carrière. Il dit apprécier le cinéma parce qu'il abandonne un art de la voix pour un art de l'expression physique. L'acuité qu'il a démontrée sur les planches avait un peu tardé à se manifester dans sa filmographie. C'est aujourd'hui chose faite. Et ce qu'il conçoit lui-même comme une nouvelle exploration (mieux vaut chercher que trouver, dit-il) tombe à pic pour redonner à la chair filmée ce dont les récentes et vaines provocations l'avaient privée. Une question: qu'y a-t-il au-delà? Et sa réponse: le mystère.