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D’où vient la fantasy?

Le genre auquel appartient «Game of Thrones» n’en finit pas de faire débat quant à sa définition et ses origines. Quelques pistes

Succès planétaire, la série Game of Thrones revient pour une huitième et ultime saison dès le dimanche 14 avril, le lundi en Europe. Nous consacrons une série d'articles à ses derniers flamboiements.

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La seule définition du genre (ou sous-genre!) continue d’animer les débats. La fantasy est-elle un sous-secteur du fantastique, comme certains le pensent? Les contre-arguments ne manquent pas: quel rapport entre un Dracula et un Conan le barbare? Le terme français censé englober la fantasy, le médiéval fantastique, ne résout pas grand-chose. Et pour compliquer la situation, certains considèrent qu’il s’agit d’une catégorie de la fantasy…

Les attributs du genre comme définition

Pour mieux définir la fantasy, genre dans lequel sont inscrits les romans de George R. R. Martin (Le Trône de fer) et la série Game of Thrones, il vaut mieux faire l’inventaire de ses attributs: un passé intemporel avec de fréquentes références au Moyen Age, une forte présence de la magie et de créatures fantasmagoriques et, sur la tonalité, un mélange de suspense et de roman d’aventures.

La part de fantastique de la fantasy relève d’un surnaturel pas nécessairement effrayant, et surtout qui, dans cet univers fictif, n’est en général pas en rupture avec le réel: voilà un critère majeur de différenciation avec la grande famille du fantastique. Exemple: dans Game of Thrones, les dragons effraient par leur puissance, mais leur existence elle-même n’est pas extraordinaire. Ils reviennent de loin, voilà tout…

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Une origine entre merveilleux et aventure

L’origine de la fantasy est passionnante autant que complexe. Comme toujours, certains exaltés veulent remonter à l’Antiquité, de la mésopotamienne épopée de Gilgamesh (origine de toutes les littératures, en somme) à Homère. On cherche le prestige de l’ancienneté, mais on n’éclaire pas vraiment la question.

Il faut se situer dans la deuxième partie du XIXe siècle. Inspirateur de Tolkien, l’écrivain William Morris peut être cité comme l’un des fondateurs du genre. La planète étincelante, en 1891, et surtout La source du bout du monde, cinq ans plus tard, posent quelques jalons. Le second raconte la quête d’un jeune homme dans un monde proche du Moyen Age anglais, et cette inspiration sera durable.

Moins de trente ans plus tard, Lord Dunsany publie La fille du roi des elfes, qui peut être considéré comme le roman fondateur. Cette histoire de succession royale, qui ne peut se résoudre que grâce à quelques talents en magie, pose le cadre, même si elle possède encore de grands pans de merveilleux, genre qui s’effacera pour la fantasy.

En 2015, notre hommage à un auteur marquant: Mort de Terry Pratchett, l’auteur qui déridait l’«heroic fantasy»

La part des formes de romantisme

On peut hasarder que cet univers est né d’un climat particulier, en quelques décennies du XIXe siècle, qui a été influencé – comme le fantastique – par la vague romantique, surtout dans ses souffles germanique et anglais.

Après tout, une partie de l’œuvre de Wagner, mélangeant les mythologies du Nord, peut être considérée comme une pré-fantasy – il suffit de songer aux Nibelungen, dont le lien de paternité avec Le seigneur des anneaux est assez évident. On se situe dans une fantasy épique, différente des créations dans le filon de Game of Thrones, plus sombres, d’inspiration plus shakespearienne.

Un catalogue de romans très diversifié

On trouve aisément des listes des grandes œuvres de fantasy. Ce qui frappe est la grande diversité du genre – raison pour laquelle il demeure difficile à définir. Conan le barbare, qui apparaît en 1932 déjà, dépeint un univers plus sombre que Le monde de Narnia (dès 1950) ou Le seigneur des anneaux (1954).

Harry Potter (dès 1997) incarne une fantasy légère, au sens dramatique, tandis que, dans son coin, Stephen King développe son ténébreux cycle de La tour sombre. Parmi tant d’autres, citons aussi Neil Gaiman, qui installe le merveilleux maléfique dans des cadres modernes et urbains dans Neverwhere (1997) et surtout American Gods (2001), dont la deuxième saison de l’adaptation en série vient d’être mise en ligne par Amazon.

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