Critique: «Misterioso-119», au Théâtre Vidy-Lausane

Double punition pour douze détenues

Une prisonnière est forcément vulgaire, hystérique, psychopathe et, tiens, pourquoi pas, cannibale. Ce constat est d’autant plus légitime qu’il est posé par deux hommes, Koffi Kwahulé, à l’écriture, et Cédric Dorier, à la mise en scène… Pas question de s’ériger ici en miss morale. Mais impossible de taire le profond malaise ressenti face à Misterioso-119, un spectacle qui enferme deux fois les douze personnages féminins à l’œuvre dans la salle René Gonzalez du Théâtre Vidy-Lausanne. Une fois derrière des barreaux d’acier (décor d’Adrien Moretti), une seconde fois derrière un mur de clichés.

La situation? Le lynchage annoncé d’une intervenante extérieure (Camille Giacobino), elle aussi plutôt désespérée. «Je mène une vie sans fenêtre. Je n’ai pas de chien, je n’ai pas de chat, je n’ai pas de poisson rouge, je n’ai pas d’ami, je n’ai pas de mari, je n’ai pas d’enfant. Une vie sans fenêtre. Peut-être la raison pour laquelle j’aime tant me retrouver ici, dedans», dit cette intervenante qui vient initier les prisonnières à l’art des… pom-pom girls.

Peu avant, on a déjà vu les détenues effacer des traces de sang, trahissant un acte violent. Des prisonnières montées sur de hauts talons et habillées de sous-vêtements affriolants – bustier, guêpière –, le plus souvent en cuir, avec bas et porte-jarretelles dans le même esprit pseudo-décadent.

Agressivité et vulgarité. Telles sont les deux couleurs qui président aux échanges ou aux confessions des prisonnières. Il y a celle (les personnages n’ont pas de nom) qui a poussé son gars sous le métro, car il voulait toujours qu’elle opère ses seins trop gros (Garance La Fata). Une autre qui a tué son bébé, car il ne s’est pas tenu à distance (Marie-Aude Guignard). Une troisième qui déverse une colère sur un mode littéraire (Anne-Catherine Savoy Rossier) «Moi je suis une chienne, une vraie chienne de chienne. Alors arrête de vomir dans ma fierté. Arrête de péter dans ma joie. Arrête d’étaler ta merde sur les ailes de mon rêve.»

Et puis, il y a l’héroïne, la fille forcément violée par son père, (Tiffany-Jane Madden) qui rêve de tuer l’intervenante, car «on ne tue jamais que ce qu’on aime». Désir morbide. Mais le sommet du convenu glauque tient dans l’assimilation des attentats du 11 septembre 2001 à une montée orgasmique. Douteux. D’autant que si Anne-Catherine Savoy possède son vocabulaire dramatique sur le bout des doigts, les autres comédiennes s’illustrent plus dans le cri et l’excès que dans la finesse du trait.

Koffi Kwahulé s’est inspiré d’un morceau de jazz de Thelonious Monk pour écrire ce texte. Un texte qui se veut mystérieux et ouvert à tous les possibles… Le résultat scénique se situe à l’opposé de ce projet.

Misterioso-119, jusqu’au 30 mars, Vidy-Lausanne, www.vidy.ch; du 3 au 16 avril, au Grütli, à Genève; le 30 avril, au Crochetan, Monthey; 2, 3 mai à Nuithonie, Fribourg.