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«Double vie», la nouvelle chronique mi-figue, mi-raisin de la RTS

La chaîne romande dévoile ce jeudi sa nouvelle série, l’histoire de deux femmes qui se partageaient le même homme, sans le savoir. Le feuilleton souffre de manques de choix dans son scénario, mais bénéficie de comédiens brillants

La première bonne idée de Double vie, c’est de tuer celui qui semble être le personnage principal. Architecte, Marc (Bruno Todeschini) fait croire à sa compagne Laurence (Marina Golovine) et ses deux enfants qu’il voyage la moitié de son temps sur ses chantiers. En parallèle, il s’est marié il y a un an avec Nina (Anna Pieri).

La famille vit dans une luxueuse demeure à Corsier-sur-Vevey, la récente épouse, en ville. Laurence est devenue mère au foyer, Nina s’affaire dans un magazine de mode. Des personnalités opposées, que réunit malgré elles le mensonge de l’homme. Dans les premières minutes de la série, Marc emploie la classique panoplie du tricheur de vie: se faire rapporter des cadeaux de Barcelone pour les offrir aux enfants, vérifier la météo afin d’être crédible…

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Le décès qui dévoile tout

Mais voilà, il meurt. Et l’histoire commence. Autour d’un employé de funérarium effaré, les deux femmes ne tardent pas à découvrir la vérité, et très vite, à s’opposer. Colère, haine contre le trompeur à la puissance deux, affrontement pour les obsèques. Puis la vie doit reprendre, même si Alex, l’ado (Hugo Braillard), et sa petite sœur Julie (Adèle Bochatay) partent en vrille, chacun à leur manière. Les deux femmes, elles, vont tenter de refaire leur vie sur ces ruines de souvenirs et de mensonges.

D’après une série flamande

La mini-série de six épisodes Double Vie, que la RTS lance ce jeudi, est conçue par Marie Fourquet, active dans le théâtre, et Léo Maillard (Station Horizon), avec Julie Gilbert, Victor Rodenbach et Marina Rollman. Elle est réalisée par Bruno Deville (Bouboule). Ce dernier et Léo Maillard avaient déjà imaginé l’originale Crom, chronique citadine autour d’une usine de traitement des déchets, en 2012.

Ici, l’inspiration vient de Belgique néerlandophone: via Warner Bros, les producteurs ont acquis l’histoire de Dubbelleven, une série de 2010 due à Philippe De Schepper. Ce dernier est une figure du paysage des séries flamandes, il a notamment piloté Vermist, une fiction policière sur des disparitions qui s’est étirée sur 70 épisodes et a été vendue dans 90 pays. Montrée notamment en Inde, Dubbelleven elle-même était bien plus longue que sa dérivée helvétique: 13 épisodes en Flandre contre six ici. On n’a pas pu voir l’originale, on devine juste qu’elle creusait les différences entre les deux femmes trompées, là-bas toutes deux blondes, mais à la différence d’âge sensiblement plus marquée.

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Un projet chargé

Dans leur note d’intention, les deux auteurs principaux de Double vie soulignent qu’ils ont voulu concevoir une histoire qui «s’immisce dans la vie sentimentale des héroïnes, ausculte leurs conflits professionnels, domestiques, et leur sexualité».

Ce qui fait déjà beaucoup pour une mini-série; néanmoins, ils ont voulu faire plus encore, en suivant le frère du défunt (Thibaut Evrard) ainsi que le prof d’Alex (Yoann Blanc), tous deux s’immisçant, eux aussi, dans l’existence des trahies.

Un égalitarisme des personnages qui affaiblit l’ensemble

En sus de quelques dialogues parfois trop écrits, surtout dans les débuts – un défaut fréquent des séries romandes –, c’est là sans doute que se situe la faiblesse de Double vie. Dans cette volonté des scénaristes d’embrasser l’ensemble des dimensions du drame, de tirer tous les fils puis d’en entremêler d’autres, et d’exploiter chaque piste consécutive à la mort du héros malfaisant.

Passé le choc initial des deux existences clandestines, la série a son lot de surprises, notamment un malicieux petit cliffhanger en fin de deuxième épisode. Mais à force de vouloir faire preuve d’un constant égalitarisme en faveur de leurs personnages, les auteurs refusent de faire des choix, et la série finit – grand paradoxe après les funestes étonnements – par prendre un ton un peu monocorde, comme si ces reconstructions personnelles avaient leur propre routine. Tout aurait pu continuer pour le mieux sans la mort de l’embobineur: cet événement déclenche une tempête de passions, de fuites, de retrouvailles, même de nouveaux secrets. Cependant, sans figure centrale, cette chronique sentimentale manque d’un relief plus affirmé qui lui conférerait davantage de puissance.

Une excellente troupe d’acteurs

Il y a néanmoins d’autres bonnes idées dans Double vie. La totalité de la distribution, par exemple. Marina Golovine comme Anna Pieri sont parfaites, chacune dans son sillon, la rigueur heurtée de la mère des enfants, la dissolution peinée de Nina.

Les seconds rôles, qui se révèlent justement plus centraux qu’il n’y paraît, offrent une belle découverte avec Thibaut Evrard (vu dans Borgia ou Tunnel) et confirment le talent épatant de Yoann Blanc, que les amateurs ont découvert avec la série policière belge La trêve. On pourrait en citer d’autres, comme Séverine Bujard, impeccablement grinçante en mère de Laurence, ou Jean-Philippe Ecoffey campant le paternel de Nina, le père qui perd la boule.

Au long des lacets de Lavaux

Enfin, Double vie bénéficie du métier de Bruno Deville. Malgré la relative abondance de personnages pour six chapitres, le réalisateur sait rester près de ses héros et de ses acteurs. Pudique, il refuse des effets de dramatisation qu’il pourrait parfois, peut-être, s’offrir. Mais le spectateur sent que c’est pour réserver un traitement digne à chaque moment de ses protagonistes déboussolés. Il s’en tire même dans les lacets de Lavaux et les zones urbaines à la mode helvétique, par une géographie symbolique, des terrasses à la ville, reflétant ces doubles vies.


La piste belge

Comédiens et équipe technique suivent un axe exploré depuis plusieurs années par la société productrice, Cab: une diagonale romando-wallone, puisque Bruno Deville a les deux nationalités, que Yoann Blanc vit à Bruxelles. En sus, la Valaisanne aussi établie à Bruxelles Noémie Schmidt et le Franco-Suisse Karim Barras figurent au générique de la deuxième saison de La trêve, récemment dévoilée en Belgique. Dans une autre écurie, Quartier des banques a battu pavillons suisse et belge.

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Double vie. RTS Un, dès jeudi 10 janvier, 21h10.

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