Cinéma

«Doubles vies»: adultères en librairie

Olivier Assayas signe un marivaudage en milieu littéraire ne manquant pas d’esprit mais déconnecté de la réalité sociale

Alain (Guillaume Canet), sémillant quadragénaire, dirige une célèbre maison d’édition parisienne.

Léonard (Vincent Macaigne), écrivain tendance bohème avec barbe et cheveux longs, est publié chez son ami Alain. Comme Christine Angot, il pratique l’autofiction, ce remède à l’absence d’imagination.

Selena (Juliette Binoche), femme d’Alain. Comédienne, elle est la star d’une série télé populaire et accessoirement la maîtresse de Léonard.

Valérie (Nora Hamzawi), compagne de Léonard, est conseillère d’un homme politique.

Laure (Christa Théret), jeune assistante d’Alain, travaille sur le développement de l’édition numérique et, comme de bien entendu, couche avec son patron.

Le reste de la distribution comporte un grand patron (Pascal Greggory), quelques amis beaux parleurs et fins lettrés.

Alain a-t-il refusé le manuscrit de Léonard parce qu’il a lu entre les lignes que le faux frère entretenait une relation avec sa femme? Selena va-t-elle quitter la série télé qui lui vaut la reconnaissance publique pour revenir au théâtre? L’avenir de la littérature passe-t-il par le livre électronique? La maison d’édition va-t-elle être vendue? A-t-on le droit de puiser son inspiration romanesque dans la vie des autres? Comment résoudre l’équation «Moins de lecteurs, plus de livres»? Telles sont les questions que pose Doubles vies, certaines déjà désuètes (le livre papier l’a emporté sur la tablette)…

Composante adultérine

Parce qu’il a collaboré aux Cahiers du cinéma, parce qu’il aime Bergman et le rock’n’roll, parce qu’il a contribué à faire connaître le cinéma asiatique et réalisé d’excellents films (Irma Vep, Fin août, début septembre, Sils Maria…), Olivier Assayas est un auteur estimé et peut-être surévalué. Car il lui arrive de se fourvoyer dans des objets à teneur fantastique (Demonlover, Personal Shopper) ou autobiographique (Après mai) déroutants. Il ne s’était pourtant jamais pareillement affalé dans le cinéma bourgeois. Son marivaudage en milieu germanopratin à composante adultérine assumée inclut des scènes de brasserie et une échappée en résidence secondaire du bord de mer comme chez Sautet.

Evidemment, l’amant ne se cache plus dans le placard mais dans les pages d’une pauvre littérature saisonnière. Certes, l’exercice est émaillé d’excellents quiproquos et d’exquis jeux de mots. Macaigne excelle dans un rôle de parasite invertébré et Binoche est malicieuse à souhait (dans une mise en abyme cocasse, Selena dit que Juliette Binoche pourrait tenir un rôle…). Mais que ces discussions spirituelles entre intellos de la France d’en haut semblent décalées, surannées à l’heure où les «gilets jaunes» déferlent dans les rues…


Doubles vies, d’Olivier Assayas (France, 2019), avec Guillaume Canet, Vincent Macaigne, Juliette Binoche, Nora Hamzawi, 1h48.

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