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Le Doubs célébré à Saint-Ursanne

Le Forum transfrontalier a invité trois photographes à poser leur regard sur la rivière. Monique Jacot, Thomas Brasey et Sabine Guedamour livrent des séries très différentes

Le Doubs célébré à Saint-Ursanne

Images Le Forum transfrontalier a invité trois photographesà poser leur regard sur la rivière

En vedette: Monique Jacot, Thomas Brasey et Sabine Guédamour

Une rivière, c’est de l’eau qui chemine entre deux bordures. Mais ce peut être bien plus. Un abri pour amoureux, une aire de jeux, un vivier pour les pêcheurs, une muse pour les poètes. Emmené par son secrétaire général Marcel Schiess, le Forum transfrontalier propose dès demain à Saint-Ursanne une triple exposition sur le Doubs qui serpente entre la Suisse et la France. Un petit festival de photographie qui ambitionne de devenir un nouveau rendez-vous annuel. «Dans notre réflexion sur la culture et l’identité, nous cherchions des totems de l’Arc jurassien, souligne Marcel Schiess. Le Doubs s’est imposé, naissant à Mouthe, se transformant en lacs selon les accidents géologiques et les interventions humaines, puis se jetant dans la Saône au lieu de suivre son destin plus naturel vers le Rhin. C’est une rivière frontière, mais encore un lien et une source alimentaire, malgré son état sanitaire déplorable.»

A partir de là, trois photographes sont invités à participer à la réflexion. Monique Jacot a travaillé sur la région en 1974, mandatée avec Jean Mohr par une association locale dans la foulée du plébiscite sur l’indépendance. Elle présente ses tirages d’époque, sur un très beau papier blanc qui n’existe plus aujourd’hui. Des vues oniriques, des portraits. Un pêcheur concentré, deux équipes de football s’affrontant dans une clairière, une touffe de végétation. Parfois, les noirs et blancs sont inversés, hommage aux gravures de Félix Vallotton. La Française Sabine Guédamour, ensuite, a photographié le Val de Consolation à la chambre, de 2010 à 2013, en utilisant le procédé ancien du palladium. En résultent des vues romantiques, et comme datées, des cascades et des forêts environnantes. Le Lausannois Thomas Brasey, enfin, a été convié pour son approche plus «écalienne» de la photographie. Il livre des paysages désincarnés, aux couleurs délavées, des immeubles tristes, du mobilier urbain comme abandonné en rase campagne. Pour Le Temps, chacun évoque sa façon de travailler et son rapport à la région.

■ «L’harmonie des gens avec la nature»

Monique Jacot: «J’ai été invitée à participer à une exposition sur le Jura après le vote de 1974. J’ai commencé par regarder une carte et j’ai noté tous les noms qui me plaisaient – le plébiscite n’était pas dans mes préoccupations. Il y avait «Le Bas du Cheni», «Les Rouges Terres», «La Côte au Bouvier»… J’ai installé mon camp de base à Saignelégier et Saint-Ursanne, et je suis allée visiter tous ces lieux. A Saignelégier, j’habitais chez un boucher. Pour regagner ma chambre, je passais devant une alignée de couteaux qui me terrorisaient. Cela aurait fait une magnifique photo mais je n’y ai pas pensé sur le coup!

J’ai toujours aimé le Jura. Petite, j’allais en vacances à La Chaux-de-Fonds, chez mes grands-parents. C’est là que j’ai appris le ski. J’aime l’harmonie des gens avec la nature, qui y prévaut plus qu’ailleurs. Je me suis beaucoup baignée dans le Doubs, il était propre à l’époque. On pratiquait la nage indienne, comme dans l’Aar ou le Rhin; on se laissait porter par le courant, on reprenait pied, on marchait un peu et on recommençait!»

■ «Cet endroit est une bouffée d’air frais»

Sabine Guédamour: «Utilisant un procédé chimique très ancien, le palladium, j’ai souhaité approcher d’autres photographes le pratiquant. J’ai commencé en 2010 à travailler avec l’un d’eux, originaire de Franche-Comté. Il m’a emmenée en week-end au Val de Consolation. C’était une période difficile pour moi, je m’occupais de ma mère souffrante. J’ai vécu cet endroit comme une bouffée d’air frais, un jaillissement de vie. J’y suis retournée à de multiples reprises durant trois ans. Ce lieu est parfait pour travailler à la chambre avec le palladium, jouer avec les nuances de gris. Cette technique offre une immense matière dans les noirs et cela permet d’observer des détails que l’on n’aurait pas vus autrement.

A partir de ce travail, Marcel Schiess m’a proposé une résidence d’été. A Saint-Hippolyte, je me suis penchée sur le côté transfrontalier de la rivière. Je viens de commencer à développer mes films, mais ce procédé suppose énormément de temps. Il va me falloir une année pour tirer toutes les images, je crois, en vue d’une exposition à Saint-Hippolyte!»

■ «Quelque chose qui ne fait pas envie»

Thomas Brasey: «Marcel Schiess m’a contacté alors que je travaillais déjà sur la région, autour de la lutte pour l’indépendance. Je voyais assez mal ce que je pourrais faire de cette rivière mais j’ai accepté de relever le défi. Une bonne partie de ma famille habite le coin, mais pas exactement le Creux du Doubs. Sur place, beaucoup de choses m’ont frappé; ce côté sauvage, malgré de nombreuses interventions humaines, l’unité de la région d’un côté et de l’autre de la frontière. Ce n’est ni la France ni la Suisse, c’est à part.

Puisque les deux autres photographes avaient déjà réalisé de belles photographies de cours d’eau, j’ai décidé de me concentrer sur cette question d’aménagement du territoire. J’ai travaillé avec un moyen format et au 24-36 numérique. Il n’y a aucune présence humaine dans mes images parce que j’ai souhaité rendre l’ambiance un peu menaçante perçue sur place. Le Creux du Doubs est presque une gorge, on est entouré de montagnes, l’horizon est souvent bouché, l’économie est sinistrée. Il y a quelque chose qui ne fait pas trop envie, même si les paysages sont sublimes.»

Le Doubs, un paysage en transformation dans le regard des photographes , à la Galerie du caveau, à Saint-Ursanne, du 20 septembre au 5 octobre. Rencontre avec les photographes , animée par Yves Petignat, journaliste au «Temps», le samedi 4 octobre à 15h, à l’Hôtel du Bœuf. www.forum-transfrontalier.org/

«Nous cherchions des totems de l’Arc jurassien, souligne Marcel Schiess.Le Doubs s’est imposé»

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