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La douceur d’un palace décati pour y finir ses jours

Après «Le Milieu de l’horizon», Roland Buti revient avec un roman tendre et ancré dans le réel

On retrouve dans Grand National les qualités qui ont fait le succès du précédent roman de Roland Buti, Le Milieu de l’horizon (Zoé, 2013, dont l’adaptation cinématographique par Delphine Lehericey est sortie le 2 octobre): la précision du regard, l’attention discrète, affectueuse et parfois amusée aux êtres et aux choses, l’ancrage dans une réalité sociale. Le Milieu de l’horizon peignait la fin d’un monde paysan et patriarcal pendant la grande sécheresse de 1976.

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Grand National se déroule aujourd’hui. Carlo Weiss se trouve à un moment difficile de sa vie. Comme souvent, le départ de sa fille adulte a entraîné celui de sa femme. Il ne voulait pas cette séparation; mélancolique, il erre dans un appartement où résonne le vide. Son métier de jardinier le rattache à la réalité d’une nature qu’il domestique selon les exigences des riches propriétaires. Mais une vilaine blessure l’en écarte pour un temps. Dans ce moment de latence, voilà que sa mère disparaît de sa maison de retraite. Il la retrouve pensionnaire du Grand National, un de ces palaces décatis où l’on reçoit à long terme des personnes âgées. Elle entend bien y rester, revendiquant son autonomie au terme de sa vie. C’est là que vont se dénouer les fils d’un secret de famille, tendre et romantique. Carlo va découvrir une autre femme que la mère qu’il avait connue.

Le chemin du dépouillement

Son ouvrier, Agon, vient du Kosovo où il enseignait le français. Il cultive avec passion son bout de jardin familial, et dans son cabanon, les œuvres de Zola, Stendhal et Ramuz, précieusement conservées, retournent à la poussière. Mais la guerre n’est pas finie, et elle ressurgit dans la paix du potager, avec une violence qui envoie Agon à l’hôpital. Ce géant aux mains de battoir a de surprenantes délicatesses envers les plantes et les êtres. Une douceur qui sera d’un grand secours dans ce moment de transition. Ana, l’épouse qui s’éloigne, sait elle aussi être présente quand il le faut. Elle est infirmière, sait soigner les blessures, accompagner un moment Carlo sur son chemin de dépouillement des objets et des attachements. Celui-ci s’accomplit sans pathos, en dépit d’«encombrantes» bouffées d’amour.

Le secret de la mère n’est pas lourd, mais il révèle au fils que les êtres qu’on croit proches sont aussi lointains que les étrangers qui s’établissent chez nous chargés de lourds passés. Cet apprentissage est adouci par l’évocation des odeurs de terre et de végétation, du ciel étoilé au-dessus du Grand National, et par l’image incongrue d’un cabanon de jardin qui s’envole dans les airs pour laisser place à un stade de foot.

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Rencontre avec Roland Buti, le 10 octobre, à 18h30, librairie Nouvelles Pages, rue Saint-Joseph 15, Carouge-Genève.


Roman

Roland Buti, «Grand National», Zoé, 160 p.

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