Il a l’écriture prolifique autant que la parole déliée. En trois ans, Pierre Lapointe publie en effet son troisième album. Dans Pour déjouer l’ennui, le chanteur québécois signe trois quarts des chansons réalisées par son ami de longue date et orfèvre français Albin de la Simone. Il a aussi collaboré avec Daniel Bélanger, Hubert Lenoir ou Clara Luciani. Vedette en sa Belle Province francophone et fer de lance là-bas d’une nouvelle vague chanson depuis deux premiers enregistrements – plein de surréalisme et souvenirs nostalgiques – plébiscités au mitan des années 2000 (Pierre Lapointe et La Forêt des mal-aimés), cet auteur-compositeur-interprète raffiné est pourtant venu à la chanson par accident, par le biais des arts visuels. A l’époque, celui qui citait volontiers Alain Bashung, Brigitte Fontaine, Barbara ou Gainsbourg comme références affirmait même que ses mélodies au piano s’inspiraient du Bauhaus ou de Mondrian.

Dans un hôtel genevois, le verbe franc et l’enthousiasme contagieux, ce dandy épris des sixties et seventies pop revient sur son succès initial aussi fulgurant qu’inattendu: «Ce sont à vrai dire des souvenirs un peu étranges, flous. Je travaillais tellement, j’étais tellement fatigué que quand le succès est arrivé, je n’ai pas vraiment réalisé ni encore fait le ménage dans ma tête. D’autant que je ne me destinais pas à la chanson mais plutôt aux arts visuels ou à la mise en scène de théâtre. Au final, la chanson est venue me chercher et m’a permis de faire tout ce que je voulais réaliser, sous une forme de direction artistique. Et du coup, j’ai pu y réunir mes différentes passions (design de mode et industriel, graphisme, photo ou architecture) et ai commencé à travailler sur des projets qui allaient toujours au-delà de la chanson. Jusqu’à la réalisation de clips il y a six ans et une mise en scène cet été pour le Cirque du Soleil à Monaco, par exemple. Aujourd’hui, à la fin de la trentaine, je commence à avoir suffisamment de cordes à mon arc, de spectres de connaissances, pour faire ce que je veux.»