Doux frôlements d'ailes sur la littérature romande

Catherine Colomb. Le Temps des anges. Préface d'Irina Melnicova. L'Age d

Catherine Colomb. Le Temps des anges. Préface d'Irina Melnicova. L'Age d'Homme/Poche Suisse, 214 p.

Pas loin d'un demi-siècle qu'est paru ce Temps des anges (Gallimard, 1962) et c'est toujours encore un étonnement heureux de découvrir ou de redécouvrir ce texte. Après Châteaux en enfance (1945) et Les Esprits de la terre (1953), Catherine Colomb montre à nouveau cette audace tranquille qui caractérise son écriture. Elle qui vivait une existence bourgeoise, épouse et mère de famille, a su trouver dans son isolement un style absolument original. On l'a comparé à celui de Nathalie Sarraute, alors qu'elle ignorait tout de sa contemporaine. Les deux romancières ont des points communs dans la finesse de l'observation, dans l'ironie, dans la rigueur de la construction apparemment éclatée aussi. Mais il y a quelque chose de plus chatoyant, de plus étrange aussi dans les envols de la Lausannoise. Catherine Colomb disait d'elle-même: «Elle est impossible à comprendre. Mais pourquoi comprendre? Est-ce qu'il ne suffit pas d'aimer ceux qui vivent à nos côtés?» Dans Le Temps des anges, on est à la fois dans la lumière du lac, au domaine des Possessions et dans les steppes lointaines. C'est d'ailleurs une Russe qui préface cette réédition: Irina Melnicova prépare une étude sur Catherine Colomb. Dans son texte (traduit par Marion Graf), elle relève le rythme, le brouillage de la chronologie, le foisonnement des personnages. Elle évoque «une espèce d'instrument d'optique compliqué, un système de lentilles, de miroirs et de prismes» qui dirige ses rayons vers le lecteur. Il y a, en effet, quelque chose de vertigineux dans les ruptures, dans cette façon de passer d'un temps à l'autre, de varier l'objectif, qu'il se focalise sur un brin d'herbe ou envisage toute une saga familiale. Celle des Gontran Budiville, deux barbus affligés d'un petit frère, Gaston «le minus» qui convola avec une acrobate. Demeures bourgeoises en décadence, soucis d'argent, problèmes domestiques, avec la présence de la mort, en basse continue: la guerre a laissé ses traces. Impossible de résumer ces allers et retours dans le temps et l'espace. Et les anges? Ils «battent la rive de leurs ailes puissantes». Celui qui clôt le récit a des taches de rousseur et les oreilles «en contrevent».

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