Série TV

«Dr Foster», les 100 visages de la femme trompée

Drame psychologique en cinq chapitres, cette série anglaise dépeint par le détail 
les étapes de la révélation de l’adultère, 
et ses conséquences

A quelques reprises, le personnage de Gemma Foster (interprétée par Suranne Jones) a ce tic, appuyer fort sur son index avec l’ongle du pouce. Plus tard dans l’histoire, elle se blesse une main en massacrant l’un des deux téléphones portables de son mari. Meurtrissures infligées sous la pression ambiante, dans la tempête. La doctoresse Foster, femme et maman de 37 ans qui brille dans une clinique généraliste d’une petite ville anglaise, voit sa vie voler en éclats. En cinq chapitres, Dr Foster décrit cette explosion lente.

Pari risqué

Tout commence par la découverte d’un long cheveu blond sur l’écharpe noire de son époux. Gemma est brune. Donc, elle doute. «Une fois que l’idée germe…», souffle-t-elle à son amie et collègue. Elle tente de s’empêcher de fouiller le téléphone du conjoint. Puis la méfiance s’accroît. Elle suit l’homme en voiture à la sortie de son travail. Elle utilise une patiente, en échange d’ordonnances de somnifères, pour augmenter la surveillance. Le mari est traqué, dans l’espace comme sur le plan psychologique, jusqu’à l’obtention de la vérité. Jusqu’à la douleur de l’adultère enfin révélé. Dès lors, comment réagir? La fiction se déroule par phase, l’enquête conjugale, suivie de la nécessité d’opposer une réaction à la trahison, et les différentes formes de riposte, silencieuses ou frontales.

Dr Foster porte un titre ambigu. Dans une perspective un peu vieillotte, à l’ancienne, cet intitulé ferait penser aux aventures d’une bonne doctoresse qui soigne toute la communauté, au physique comme au mental. Les intrigues, aux finaux toujours souriants, d’une bonne figure. Gemma incarne un peu cela, au moins au début, elle est respectée dans son travail, elle est aux commandes de deux mâles aimés à la maison, le père et le fiston.

Entre drame et soap

Puis tout vacille, et là réside la difficulté de l’exercice. Créée et écrite par le scénariste Mike Barlett, Dr Foster représente un pari toujours dangereux. Suivre la révélation de l’adultère puis les phases qui s’ensuivent n’est pas sans risque. Il y a la colère, la rancœur, la tentation de tout effacer et se donner une deuxième chance… Sans cesse, une telle histoire tangue entre le drame psychologique et le soap de luxe. Elle en a parfois l’aspect, et elle en possède ses défauts; des artifices parfois lourds (en transition, des images de sombres cumulus au moment où les nuages s’amoncellent sur l’héroïne…) ou des scènes sur le bas-côté, perdant le point de vue de Gemma. Quoique, dans ce dernier cas, on s’aperçoive qu’elles se révélaient nécessaires pour faire avancer la narration des stratégies de l’héroïne.

Tout converge vers une forme de revanche. Dans le même temps, Gemma elle-même semble perdre pied. C’est le choix audacieux de l’auteur, la froideur de la vengeance ainsi que la faiblesse, bien humaine, de son personnage principal. Dr Foster constitue ainsi une originalité, non exempte de boitillements, mais qui pousse loin la tension psychologique. Comédienne de théâtre et de TV avant tout, Suranne Jones est parfaite pour cette mission exigeante, porter ce personnage à multiples facettes, parfois opposées.

Une fine analyse de l’adultère

En cinq épisodes seulement, Mike Barlett fait valser ses spectateurs, les promenant de scènes puissantes en moments où ils ont l’impression d’aller à vau-l’eau, avant de leur offrir de nouveaux rebonds dramatiques. Le curieux peut soudain se sentir en rase campagne narrative, puis être glacé par le pli suivant de cette série. Elle alterne relâchements, parfois apparents, et crispations, dans une rythmique originale.

Au bout du compte, elle propose un beau destin féminin, en même temps que l’exploration d’une rare précision du fait de l’adultère et ses effets directs sur l’ensemble de l’entourage. Ces temps, une deuxième saison est en tournage. Après la chronique de l’explosion conjugale, c’est un nouveau défi.


A voir: «Dr Foster», saison 1. Coffret 2 DVD.

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