Festival de cinéma généraliste qui voudrait embrasser tous les genres sans rien laisser de côté, Cannes présente depuis quelque temps des «films de minuit». Au programme cette année: Dario Argento, Takashi Miike et un remake du traumatisant «Maniac» de William Lustig. Pour vous parler ici du premier, on a triché: on l’a vu à midi, en séance de presse. D’où la déception?

Evidemment, dans une salle ricanante qui se vidait au fur et à mesure, peut-être que les conditions n’étaient pas idéales… Mais il faut avouer que pour son 20e opus, le «maestro» (ça se discute) du cinéma fantastique transalpin a fait fort. Dès le carton ministériel «Reconnu d’intérêt culturel» et le modeste titre, «Dario Argento’s Dracula» (pour rappel, celui de Coppola s’intitulait «Bram Stoker’s Dracula»), quelques rires ont fusé. Pourtant, quel plaisir que de se retrouver devant un «Dracula» classique, à l’improbable gothique transylvanien mi-Hammer mi-Cinecittà! Et avec des lunettes 3D sur le nez, comme pour le merveilleux «Flesh for Fankenstein» de Paul Morrissey!

La mante et la mouche

La séquence d’ouverture, qui suit une première victime très sexy et son amant coupable d’adultère, est même assez magistrale, giclées gore comprises. Mais dès que l’histoire archiconnue reprend le dessus, il faut bien reconnaître certaines limites d’Argento: dialogues frisant le ridicule (surtout en anglais), trous de logique béants et fond sadique qui jure avec le romantisme gothique. Côté originalité, à part une transformation inédite du vampire en mante religieuse, pas grand-chose à se mettre sous la dent. On se console comme on peut avec la belle prestance de l’Allemand Thomas Kretschmann («Le Syndrome de Stendhal») dans le rôle-titre, ce bon vieux Rutger Hauer en Docteur Van Helsing, et quelques nudités gratuites (dont Asia Argento en Lucy) qui ne manquent pas de profondeur.

Mais comme déjà sa version du «Fantôme de l’opéra», tout ceci manque de véritable engagement. Malgré la jolie idée d’une mouche qui accueille Jonathan puis Mina Harker à la gare (rappel qu’Argento fut jadis scénariste sur «Il était une fois dans l’Ouest»?), et qui, alliée à des milliers d’autres, devient l’une des incarnations du Comte, on ne sent jamais le cinéaste prêt à dire «Dracula, c’est moi». Au fond, ces vampires l’ennuient – ce qui n’est jamais le meilleur point de départ. Et le film de se conclure par une condamnation sans appel de l’amour passion, voire de la passion tout court. Esprit du maître, es-tu encore là?