Titeuf compte des millions de lecteurs, ici et ailleurs. Pour décortiquer ses dernières aventures, on en a choisi trois à qui on a soumis l'album en primeur. Deux garçons de 9 et 19 ans, Matteo et Nicolas, et une fille, Mariesol, 15 ans. Regards croisés et futés sur les dernières tribulations d'un phénomène de génération.

• Adolescence

«Cet album, je l'ai adoré», commence Matteo, écolier genevois de 9 ans. «De toute manière, chaque fois que je reçois un nouveau Titeuf, je le garde près de moi et je le lis au moins dix fois. J'en parle avec les copains, on se refait les gags à l'école, on rigole.» Mais qu'est-ce qui lui plaît particulièrement dans cette dernière livraison? «Le sketch sur la varicelle. Quand un garçon de la classe frime parce qu'il a des boutons sur le nez et qu'il pense qu'il est devenu adolescent. En fait, il a juste la varicelle, trop bien!» L'adolescence, justement, revient souvent dans ce numéro «qui laisse moins de place à l'action, aux farces, aux bêtises, et plus à l'observation ou à la réflexion», note Mariesol, 15 ans. La collégienne ne «hurle pas de rire» aux frasques du blondinet, mais «a du plaisir à suivre les raisonnements totalement à côté de la plaque» de cet éternel gamin. Dans les Titeuf, Nicolas, 19 ans, futur taxidermiste, remarque un drôle de rapport au temps. «Si Titeuf ne bouge pas, son environnement, lui, évolue, suit l'air du temps. Les allusions aux mangas, aux jeux vidéo, aux Natel, etc. témoignent de cette évolution. Je me demande comment Zep vit le fait de figer ainsi son personnage dans un monde en mouvement.»

• Sexe

«Je n'ai jamais pu donner d'âge à Titeuf, explique Nicolas. D'un côté, quand il fait ses crasses, il a 8 ans au maximum. De l'autre, quand il parle sexe et filles, il semble beaucoup plus âgé. C'est clair, ce dernier point, c'est une obsession de l'auteur!» Qui ne déplaît pas complètement à Mariesol, même si, parfois, elle aimerait que «Titeuf ne réduise pas toujours les filles au sexe. Avec lui, on est soit des thons, soit des canons, il pourrait peut-être nous voir autrement des fois... En même temps, Titeuf est supernaïf, il ne connaît rien aux filles, c'est plutôt touchant.» Sauf que, quand on a 9 ans comme Matteo, on évite de l'imiter: «Je drague aussi, mais je fais le contraire de lui, car il se plante toujours!»

• Dépression

Il y a du nouveau, tout de même, dans la vie de la vedette: au chômage, le père de Titeuf fait une dépression. «Je trouve ça marrant, parce que le père signe l'épreuve sans voir que son fils a un mauvais résultat», se réjouit Matteo, solidaire de Titeuf. «Bon, c'est quand même étrange cette dépression, réfléchit le jeune garçon. Lorsque ma mère est au chômage, elle le vit bien mieux que ça...» Sujet tabou, le naufrage passager des parents? «Non, pas du tout. Aujourd'hui, on ne parle que fragilité et remise en question», observe Nicolas, déjà adulte. Mariesol: «Ça va avec le ton général, plus abstrait, plus sérieux. Regardez comment la bande de copains observe à distance la prétendue idylle entre les deux profs ringards. Dans un autre album, ils auraient perturbé la scène avec une boule puante ou un truc du genre... Là, ils s'interrogent.»

• Modèle

Titeuf se serait donc assagi. A propos de sujet grave, quel métier choisira le héros à la mèche quand il sera grand? «Il ne travaillera pas, il est beaucoup trop flemmard!» assure Matteo. «Ou alors humoriste.» Pour Mariesol, le facétieux aura «un métier inventif, créatif... Pourquoi pas dessinateur de BD?» Etonnamment, aucun des trois lecteurs ne pense que Titeuf a influencé une génération d'élèves romands. «Il n'y a pas de modèle Titeuf, car Zep s'est inspiré des ambiances de cour de récré plutôt qu'il ne les a inspirées, constate Nicolas. En revanche, il a inventé un langage. Le Tchô, c'est lui!»