«Un maître en dramaturgie picturale». C’est ainsi qu’Alfred H. Barr, directeur du MoMA de 1929 à 1943, qualifie Edward Hopper (1882-1967) dans le catalogue de la rétrospective qu’il lui consacre à New York en 1933. Petites villes aux rues désertes qui suintent le vide et l’ennui et où le temps semble comme suspendu, froides métropoles faites d’alignements géométriques rendant impossible toute interaction entre êtres vivants, mystérieuses maisons victoriennes plantées sur des collines ou à la lisière de forêts étouffantes. Hopper a en effet l’art de susciter, dans ses œuvres, un climat de mélancolie, d’étrangeté et de menace.

A la Fondation Beyeler, le visiteur est happé dès la première salle de l’exposition par une saisissante toile de 1929 où le ciel, strié de couleurs jaunes, orangées et rouges, semble s’embraser au-dessus de collines vert sombre. Railroad Sunset figure, dans la pénombre du premier plan, une voie de chemin de fer barrant la toile dans toute sa largeur, surmontée d’une tour de signalisation flanquée d’un pylône électrique.