«Lorsque nous avons créé ce studio, déclarait Steven Spielberg dans le magazine Time fin avril, j'ai dit à Jeffrey [Katzenberg, responsable de l'animation chez Dreamworks SKG, ndlr.]: «Ne me demande pas de passer de quatre films par an – ce que j'ai fait à Amblin pendant treize ans – à vingt-quatre films par an, ni même à quatorze films par an.» Peu de temps après cette déclaration, David Geffen, le troisième associé, le G de SKG, estimait publiquement que le studio devait maintenant produire plus de six films par an. D'où ire de Spielberg.

Depuis quelques semaines, Hollywood ne parle plus que de cela et murmure que Spielberg pourrait abandonner le navire. Si tel est le cas, l'un des grands projets cinématographiques de cette fin de siècle, financé à hauteur de 2 milliards de dollars grâce à divers partenariats (la chaîne ABC ou Microsoft de Bill Gates) sera peut-être avorté.

Car, si Katzenberg a donné l'impulsion le 28 septembre 1994 – les trois hommes étaient invités à la Maison-Blanche pour une réception en l'honneur de Boris Eltsine – chacun sait que Spielberg est le vrai patron de Dreamworks. C'est lui le plus solvable, lui qui a choisi le logo du studio (le gamin assis sur un croissant de lune), lui le plus acharné à installer le nouveau studio sur les marais de Playa Vista, sur la côte, près de Los Angeles. Lui enfin dont les prochaines réalisations sont déjà signées avec deux autres studios, deux accords qui seront infiniment plus bénéfiques pour lui que pour Dreamworks: Minority Report avec la 20th Century Fox et Mémoires d'une geisha avec la Columbia.

Dreamworks est toujours sans domicile fixe: Universal lui loue ses plateaux de Burbank et le projet de Playa Vista reste embourbé depuis des années dans des querelles légales, financières et surtout écologiques. En quatre ans et demi, le studio a développé une trentaine de films et n'a toujours pas tenu les promesses novatrices qu'on lui prêtait à sa création. Dreamworks, à travers ses dessins animés (Fourmiz, Le Prince d'Egypte) comme à travers ses films (Saving Private Ryan, Deep Impact) rassemble ni plus ni moins des ambitions hollywoodiennes classiques. De quoi inciter, en effet, Spielberg à prendre de la distance.