On ne saura jamais par quels méandres Never Been Kissed est devenu en «français» College attitude. Solution à un léger problème de crédibilité? Comment croire en effet que Drew Barrymore n'aurait «jamais été embrassée», comme l'affirme le titre original? La jeune star à l'adolescence tumultueuse avait probablement oublié de passer par de tels préliminaires… Toujours est-il que la sympathique petite dernière de la dynastie Barrymore (fille de John Drew, lui-même fils de John, grande star du cinéma muet) a décidé de prendre en main son problème d'image: après les filles délurées, voici donc les jeunes femmes romantiques. Preuve qu'il s'agit d'un choix délibéré, ce film est le premier qu'elle produit elle-même. Et pas le dernier, puisqu'il pourrait bien faire le «carton» de l'été.

Si le sujet des «high schools» américaines – l'équivalent de nos collèges – est de nature à vous faire fuir, sachez que cette comédie, à l'instar de The Faculty, a pris soin de prendre ses distances. Jeune journaliste dans un quotidien de Chicago, l'héroïne ne réintègre en effet ce milieu terrifiant qu'à son corps défendant. La mission de Josie Geller: rempiler incognito, déguisée en ado, pour une enquête choc sur les collégiens des années 1990. Le hic, c'est que la jeune femme est restée traumatisée par ses propres années de collège, quand, adolescente boulotte et impopulaire, on l'appelait «Josie la truie». Romantique contrariée, elle n'a jamais connu d'amour autre que platonique et risque fort une humiliante rechute. Heureusement, son frère, un garçon sportif et populaire qui n'a rien fait de bon depuis, veille au grain.

Avec sa sincérité coutumière et son sourire de travers, la sémillante Drew est pour beaucoup dans la réussite de cette comédie. Mais on ne saurait ignorer l'apport d'une mise en scène enlevée (signée Raja Gosnell, le monteur attitré de Chris Columbus qui s'est fait la main sur Home Alone 3) et d'une liberté de ton qui lorgne tant du côté de P. J. Hogan (My Best Friend's Wedding) que des frères Farrelly (There's Something About Mary). Et puis, qui n'a jamais rêvé de retourner au collège fort de l'expérience acquise depuis?

Pas de réalisme trop strict

Josie, elle, commence par commettre toutes les mêmes erreurs: pas «cool» du tout, elle a tôt fait de dériver vers le club des ados sérieux. Tout se complique lorsqu'elle se rapproche de son prof d'anglais (un sujet croustillant ça, les rapports troubles entre professeurs et élèves…) et se voit épingler une improbable caméra miniature dans une broche pour que sa rédaction puisse la suivre en direct. On le voit, les auteurs ne se sont pas embarrassés d'une conception du réalisme trop stricte. Tant mieux, car la comédie y gagne.

Rituels incontournables, le grand bal de fin d'année et la finale de baseball sont les moments de vérité qui permettront à Josie de tomber le masque et de cueillir son premier baiser. Cité au passage, Carrie de Brian De Palma était sans doute plus honnête, mais comment ne pas souhaiter ici une fin heureuse? Un générique coloré, pour lequel chacun a amené une photo d'adolescence, achève de convaincre que la bonne humeur a également dû présider au tournage.

College attitude (Never Been Kissed), de Raja Gosnell (USA 1999), avec Drew Barrymore, David Arquette, Michael Vartan, Leelle Sobiesky, Molly Shannon, John C. Reilly.