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Jean Dubuffet sur la Closerie Falbala, Périgny-sur-Yerres, 3 août 1973.
© Kurt Wyss

Exposition

Dubuffet et les images fixes

L’exposition «L’outil photographique», présentée l’an passé aux Rencontres de la photographie d’Arles, est en partie reprise aujourd’hui par le Musée de l’Elysée, qui dévoile les multiples usages de la photographie par l’artiste français

Comme l’explique Marc Donnadieu, conservateur en chef au Musée de l’Elysée, «Dubuffet n’a pas théorisé son rapport à la photographie, il s’en servait comme un outil». De fait, cette exposition, qui puise dans le fonds photographique des archives de la Fondation Dubuffet, donne à voir les multiples usages que le pape de l’art brut fit du médium photographique: documentation, conceptualisation, communication, création.

Portrait étonnant

La première salle est consacrée aux pratiques documentaires de l’artiste. Mandatant des photographes spécialisés, il fait, dès les années 1940, photographier ses œuvres et, assisté de secrétaires, réunit les clichés dans des albums. A partir de 1960, il constitue «le grand fichier», qui sert jusqu’à aujourd’hui de base sans cesse réactualisée pour ses catalogues raisonnés. Et l’on peut observer, grâce à la multitude des archives exposées, la rigueur avec laquelle chaque œuvre, même détruite, fait l’objet d’une documentation, assortie d’observations précises sur ses propriétaires successifs, les expositions où elle a été montrée ou ses problèmes de conservation. Les expositions subissent d’ailleurs le même traitement. Et se dessine, par-delà le rapport à la photographie, un étonnant portrait de Dubuffet en obsédé de sa propre postérité (et des modes de classification), une image qui détonne par rapport aux critiques célèbres qu’il a formulées à l’encontre du principe de conservation des œuvres du passé, dans Asphyxiante culture notamment.

Lire aussi:  Jean Dubuffet, la marotte photographie

Plus loin, on découvre comment sa pratique évolue avec les perfectionnements de la technique photographique. L’artiste utilise par exemple le polaroïd pour réfléchir à certains projets, notamment d’interventions urbaines. Une série assez hilarante de collages montre ainsi ses sculptures, littéralement collées dans le paysage de Paris et sa proche banlieue.

Projections lumineuses

Mais c’est véritablement au premier étage que les liens de Dubuffet avec la photographie prennent toute leur radicale ampleur. Non seulement il utilise la projection de diapositives pour créer des costumes (notamment pour son spectacle Coucou Bazar, sur lequel il travaille intensément en 1971-1972), mais il cherche aussi à généraliser au milieu des années 1970 cette méthode au dessin, et à la peinture – la série des Peintures projetées. Pour atteindre à une création impersonnelle et plate, il délègue ainsi un temps à des assistants la réalisation de ses peintures, au grand dam de ses galeristes. Il ira jusqu’à présenter, en 1978, chez Fiat, à Turin, une exposition de peintures sous la forme de projections lumineuses. A cet étage, l’exposition permet donc de mesurer, par-delà la spécificité du médium photographique, le rapport curieux et ouvert de Dubuffet à la technique.

Il y a ainsi un étonnant paradoxe dans l’exposition: si l’artiste ne cesse de faire usage de la photographie à partir du moment où il décide de se consacrer exclusivement à son art, il ne considère jamais la photographie comme un médium. Quasiment aucune des images de l’exposition n’a été prise par lui. Qu’aurait pu être un Dubuffet photographe? Il n’a pas, par ailleurs, collectionné les photographies des autres, comme il le fit pour les œuvres d’art brut. On ne peut ainsi s’empêcher de se demander, à l’issue du parcours, ce que pourrait être une photographie brute. Gageons que des éléments de réponse peuvent être trouvés dans l’exposition présentée simultanément au Musée de l’Elysée, La vie en couleurs de Jacques Henri Lartigue, une célèbre figure d’autodidacte de la photographie.


«Jean Dubuffet – L’outil photographique», Musée de l’Elysée, Lausanne, jusqu’au 23 septembre.

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