Un feu d’artifices sur le lac, entre les deux concerts de Prince; l’artificier mis au défi de dessiner dans l’air le symbole de Prince, une espèce d’épée amoureuse qui mêle le masculin et le féminin. Montreux gâte le nain mauve de Minneapolis, l’une des ultimes divas des années 80. On sait finalement assez peu de choses sur Prince Rogers Nelson, né quelques semaines avant Michael Jackson, en 1958, dans cette ville du Minnesota dont le taux démesuré de crimes lui vaut le doux surnom de «Murderopolis».

Etabli comme journaliste depuis 1975, quelques mois avant que Prince n’apparaisse sur la scène locale, Jon Bream suit le musicien depuis ses débuts pour le journal de Minneapolis Star Tribune. Il a même publié en 1984 un livre intitulé Prince: Rock’s Purple Reign. Le règne pourpre du rock. Une tentative de percer les mystères dont le chanteur s’entoure et les inventions dont il a orné sa propre biographie. «Je l’ai rencontré pour la première fois en 1976, dans une coulisse. Il était en jeans avec une gigantesque coupe afro. Quelques mois plus tard, je l’ai interviewé, il n’a même pas osé me serrer la main. Il est d’une timidité maladive.»

Dès lors, les relations entre Prince et sa ville sont difficiles à saisir. Il y possède toujours Paisley Park, un complexe qui comprend trois studios, deux salles de concert et des appartements privés, même s’il vit la plupart du temps à Los Angeles. «Il garde une petite équipe très soudée autour de lui, ici. Il est la rock star la plus complète de tous les temps. Il s’intéresse aux statistiques, à ses chiffres de vente, mais la musique compte d’avantage. Il est ce paradoxe vivant qui s’habille comme le plus tonitruant des arbres de Noël mais voudrait la plupart du temps rester invisible.»

Depuis son premier disque, en 1978, Prince architecture un nouveau modèle de pop star. Hypercréatif et concerné par tous les aspects économiques de sa carrière, il se sert des majors du disque et d’Internet pour ne pas devenir cette marionnette médiatique, éphémère, dont l’époque raffole.