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Cynthia Garcia et Stéphanie Tschopp ont créé La Ficelle, une revue hybride qui raconte Lausanne autrement et dont le second numéro sort le 17 juillet. (Photo: Aline Paley)

Portrait

Duo entrelacé

Cynthia Garcia et Stéphanie Tschopp ont créé La Ficelle, une revue hybride qui raconte Lausanne autrement et dont le second numéro sort le 17 juillet

La matinée s’étire. Le fil de coton passe d’une paume à l’autre, s’enroule autour de leurs doigts puis dessine un triangle entre le pouce et l’index. Un éclat de rire et, soudain, la construction à quatre mains s’effondre. Pour Cynthia Garcia et Stéphanie Tschopp, la séance photo touche à sa fin. Le lien qui les unit, lui, demeure plus solide que jamais. Au coin d’un café non loin de la Riponne, elles déroulent leur histoire, par bribes, une double mélodie faite de va-et-vient, de départs et de retrouvailles que tout ramène inlassablement à Lausanne, leur port d’attache.

Les deux graphistes sont arrivées ensemble, complices, heureuses de présenter leur projet: La Ficelle, une publication hybride, à mi-chemin entre la carte et la revue, qui raconte Lausanne autrement, à travers des portraits, des récits, des articles historiques. Une multitude de regards et de contributeurs pour coucher l’âme de la ville sur papier. Après un premier numéro dédié aux pentes sinueuses, le second, consacré au lac, sortira le 17 juillet prochain. Distribué gratuitement dans leurs lieux préférés (cafés, bars, librairies), le journal peut aussi être commandé sur Internet. Le portrait d’un coursier à vélo, un récit fiction sur un dimanche d’hiver 1985, une nouvelle poétique autour des courbes de la ville: les contributions sont riches et diversifiées. Dans la tête du duo âgé de 35 ans, dont dix d’amitié, une foule d’idées se bousculent encore.

Entre passé et présent

Développée à la fois en format Web et papier, La Ficelle – du nom du funiculaire qui reliait autrefois Ouchy au Flon – semble perchée entre deux mondes. Elaboré grâce au financement participatif, le journal reste attaché aux traditions avec un beau grain de papier et un rythme bimestriel, loin de l’actualité brûlante, qui en fait un objet durable. L’ancrage dans le passé se traduit aussi par la volonté de faire renaître des endroits méconnus ou de transmettre des anecdotes, des souvenirs. «Lausanne se transforme, les quartiers changent, celui du Flon en particulier. Nous voulons raviver la mémoire des murs avant qu’elle ne disparaisse.» Le site internet regroupe, lui, bons plans et adresses décalées. Une sorte d’agenda personnalisé.

Lausanne, un poumon nourricier

Lausanne. Comme un poumon nourricier vers lequel, hormis «quelques infidélités», les deux jeunes femmes ont toujours fini par se retourner. Stéphanie y est née, Cynthia y a élu domicile en 2005. C’est aussi là que leurs chemins se croisent pour la première fois. Amies et désormais associées, elles ont beau s’exprimer à tour de rôle, les points communs s’accumulent. Ensemble, elles partagent l’amour du graphisme, du milieu urbain, de la photographie et surtout cette flamme créatrice du «do-it-yourself». Le goût du passé aussi, des objets usagés qui racontent une histoire. Tatouages et baskets d’un côté, bijoux discrets de l’autre, Stéphanie et Cynthia ne sont pas des clones pour autant.

Après des études d’histoire de l’art à Grenoble, Cynthia Garcia, française d’origine, s’installe à Lausanne. De l’art moderne italien et des visites guidées au musée, la jeune fille passe à la typographie, aux cafés cosys et aux friperies. Un mini-choc culturel. «Je ne savais pas à quoi m’attendre en arrivant en Suisse. A présent je m’y sens chez moi.» Petit à petit, Cynthia tombe amoureuse de ces rues, ces mêmes rues que Stéphanie dévalait à roller étant petite.

Adolescente, la Lausannoise de naissance a la bougeotte. Elle se passionne pour les «endroits glauques», la culture underground et les milieux culturels autogérés «juste à temps avant qu’ils ne ferment tous les uns après les autres». Quand elle n’explore pas la ville avec son appareil photo, Stéphanie lit «tout ce qui lui tombe sous la main», vit et travaille de nuit à la Poste et dans des clubs. Attirée par le monde artistique, elle collabore pour un magazine dans lequel elle interview des rappeurs.

Envie de créer

Les deux jeunes femmes se rencontrent à la HEAD de Genève en 2005 où elles étudient la communication visuelle et le design graphique. Côte à côte en cours puis dans le train qui les ramène à Lausanne, elles se lient très vite d’amitié. L’exubérance de Stéphanie tranche avec la réserve de Cynthia, mais toutes deux se rejoignent sur un point: l’envie de créer.

Diplôme en poche, chacune s’envole vers d’autres horizons. Trois ans durant, Cynthia foule le bitume de San Francisco, s’imprègne de la culture alternative, fabrique des bijoux dans un atelier communautaire et travaille dans un bureau de design. A Paris, Stéphanie est graphiste pour un club de jazz et cumule les mandats en free-lance. Les retrouvailles ont lieu en 2012, dans leur pied-à-terre lausannois. Stéphanie s’engage comme cheffe de circulation aux CFF, «un peu comme les contrôleurs aériens, mais pour les trains», tandis que Cynthia travaille comme graphiste dans des rédactions romandes dont «Le Temps».

L’écriture et l’illustration sont nos moyens de marquer la différence et d’encourager le lien entre Lausanne et ses habitants

L’été dernier, La Ficelle germe dans leur esprit comme un projet à leur image, une histoire de rencontres, de lien à préserver, à recréer aussi. Pour financer leurs ambitions, l’économie de partage s’impose. Leur demande sur wemakeit récolte 10 000 francs soit 20% de plus que la somme attendue. Ajoutés à des fonds propres, ils leur permettent d’imprimer quelque 2000 dépliants en rouge et noir dans un format hybride, entre A3 et A4, qui déroule une carte de Lausanne.

Si l’aspect du second numéro reste secret, les deux jeunes filles imaginent déjà développer des partenariats et des produits dérivés – sacs, cartes postales, posters – pour offrir une alternative aux souvenirs un brin stéréotypés de la capitale olympique.

«Nous ressentons le besoin de voir plus de projets alternatifs et expressifs qui nous connectent mieux à notre ville (bars éphémères, potagers collectifs). La Ficelle est amenée à durer et à évoluer. Nous ne voulons pas être un feu de paille.»


Profil

1981: Naissance de Cynthia Garcia à Carcassonne et de Stéphanie Tschopp Lausanne

2005-2009: Bachelor à la HEAD en communication visuelle

2009-2012: Voyage à San Francisco pour Cynthia et installation à Paris pour Stéphanie

2012: Retour à Lausanne

2016: Premier numéro de La Ficelle

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