Culture

DVD. «68», panorama mondial d'une année de flambées

Patrick Rotman consacre un nouveau film à Mai 68. Une œuvre en grand angle, un peu amère, uniquement faite d'images d'archives, de San Francisco au Japon.

Patrick Rotman. 68. Bande originale: française (stéréo). France Télévisions.

Le film démarre à l'été 1967 dans la région de San Francisco. Lorsque les jeunes gens fleuris, encore un peu frais, inaugurent la saison des festivals babas. D'emblée, le réalisateur Patrick Rotman, auteur de L'Ennemi intime et de Chirac, montre qu'il ne s'en tiendra pas aux barricades du Quartier Latin. Dans le flot d'œuvres commémoratives produites ce printemps, ce documentaire a le mérite de situer la flambée française dans son contexte. Composé exclusivement d'images d'archives, 68 ne convoque aucun témoin de l'époque, se concentrant sur la narration, par l'image, de la longue année 1968. Vincent Lindon prête sa voix à un commentaire parfois superfétatoire, mais le jeu sur la musique, utilisée en contrepoint, enrichit le propos avec justesse.

Le réalisateur prend un moment pour exposer le Vietnam et ses plaies, en pleine jungle comme dans les consciences occidentales. Il passe par Prague et son Printemps, puis par les sursauts de l'Espagne franquiste. Il consacre, bien sûr, une tranche généreuse à la France, depuis les débats de Nanterre jusqu'à la grève générale et son agonie. Puis reprend le large, se rend au Japon, en Amérique du Sud, revient dans le Mékong...

Un tel choix panoramique, pour une bande d'une heure et demie, est inévitablement réducteur et les érudits, ou les contemporains, regretteront peut-être le caractère de survol du film. Avec Hervé Hamon et Daniel Edinger, Patrick Rotman avait été plus précis en 1998 dans Générations, série de 15 épisodes de 30 minutes suivant des échantillons de la volée 68. Mais c'est bien son refus de se laisser enfermer dans les représentations nationales - le Summer of Love côté américain, le Mai 68 français, etc. - qui fait l'intérêt de sa nouvelle démarche. Laquelle n'évite pas une certaine amertume générale, au terme de ces mois d'exigences et de rêves. Le cinéaste conclut sur l'envol d'une mission Apollo vers la Lune, début 1969, comme si seule cette conquête était possible.

Dans ses suppléments, le film offre une autre relecture des événements. Passons sur les évocations d'Alain Peyrefitte, alors ministre de l'Education nationale, et de Maurice Grimaud, préfet de police de Paris, dont les souvenirs ont le mérite de la précision. C'est Daniel Cohn-Bendit qui marque le passage des années, car l'entretien fourni en bonus remonte à 1988. L'ancien meneur affiche encore un rapport passionné, littéral, aux événements. Le ton tranche, en somme, avec ses propos du printemps dernier, lorsqu'il appelait à sortir de la querelle pro- ou anti- esprit soixante-huitard. La distance est prise, tandis que 68 inscrit l'année folle dans son temps, sans la figer.

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