Brian De Palma. Redacted (2007). Bande originale: anglaise ou française (Dolby Digital 5.1). Sous-titrage: français.TF1.

«L'inspiration de Redacted m'est venue d'un de mes propres films, Outrages, que j'avais consacré, en 1989, à l'histoire vraie du viol puis de l'assassinat d'une jeune Vietnamienne par des soldats américains devenus fous. Lorsque j'ai découvert qu'il était arrivé la même chose en Irak, j'ai été horrifié que ça puisse se produire une nouvelle fois. Je me suis alors demandé ce qui pouvait différencier ces deux guerres. Et j'en suis arrivé à la conclusion que c'est d'abord une question d'images. La différence entre le Vietnam et l'Irak, c'est que, cette fois, nous autres Américains n'avons pas accès, dans les médias classiques, aux images de l'autre point de vue sur le conflit. Cette guerre a été très minutieusement redacted, éditée. Tout a été fait pour éviter les images horribles qui, durant la guerre du Vietnam, faisaient sortir les gens dans la rue pour exiger qu'on y mette un terme.» Ainsi parlait Brian De Palma en conférence de presse à la Mostra de Venise 2007, d'où il est reparti avec le Lion de la meilleure mise en scène. Autant dire que Redacted est l'un des plus importants rattrapages à effectuer en DVD.

Depuis quarante ans, de Blow Out à Snake Eyes, tous les films de Brian De Palma ne parlent que de cela: les points de vue et la manière dont ils peuvent altérer ou éclairer une réalité. Par nature, le cinéaste s'est donc mis à chercher «l'autre Irak», notamment sur Internet. «Je suis tombé sur des dizaines, des centaines de sources. Des vidéos de soldats racontant comment ils vivent en Irak et leur sentiment sur les raisons de leur présence en Irak. Leur désir, surtout, de rentrer à la maison, ce qui va à l'encontre du discours officiel qui dit: «Nous avons une mission à accomplir.» Bref, de sites en blogs, en passant par les journaux intimes d'épouses de soldats et les forums, j'ai compris que tout était là.»

S'emparant pour la première fois et logiquement d'une caméra vidéo HD, Brian De Palma a donc créé Redacted à partir de fragments d'images numériques type YouTube, de faux sites internet ou, égratignant Bernard-Henri Lévy et autres au passage, de documentaires angéliques sur la mission de maintien de la paix. Il se situe dans la lignée récente des faux documentaires type Rec ou Cloverfield, à la différence que Redacted possède un discours de fond, un gros coup de colère politique et esthétique.

Le cinéaste invente une nouvelle forme de cinéma par la force des choses: traqué par des avocats à chaque fois qu'il envisageait de décrire une réalité trop précise, il a été contraint de tout inventer, hormis le fait divers de base. Il lui a fallu retrouver l'essence de la réalité. Montrer au plus près comment de jeunes garçons se comportent quand on les abandonne dans, dit-il, un «bourbier moral». Redacted a évidemment provoqué des réactions de rejet aux Etats-Unis: comment osait-il montrer de tels soldats? Brian De Palma est au-dessus d'un tel débat: en cherchant à raconter une histoire avec les images des nouveaux médias, il démontre consciemment et avec la même violence qu'il est très facile de leur faire dire, comme à toutes celles qui les ont précédées depuis l'invention du cinéma, tout et n'importe quoi.