C’est une nouvelle à la fois rassurante et déstabilisante. Tout dépend, comme dans «Avatar», de la dimension qu’on lui donne. Commençons par le côté réjouissant de l’affaire.

L’an passé, aux Etats-Unis, les exploitants de cinémas ont engrangé plus d’argent que les vendeurs de DVD. Cela n’était plus arrivé depuis 7 ans. Ainsi, en 2009, les revenus tirés de l’exploitation des films en salles ont rapporté 9,78 milliards de dollars. C’est 10% de plus qu’en 2008. A l’inverse, les ventes de films sur DVD ou Blu-ray n’ont amené, elles, que 8,73 milliards (-13%). Ces chiffres ont été publiés le 4 janvier par Adams Media Reseach.

Le côté réjouissant, c’est la bonne santé des salles de cinéma classiques. Plusieurs facteurs l’expliquent. 2009 a vu fleurir de gros succès comme «Twilight2», «2012», «L’âge de glace 3» ou «Avatar». Et puis, disent les observateurs, il y a la crise: vu qu’une soirée ciné revient moins cher qu’une entrée à un concert ou même qu’une virée restau, la crise profite traditionnellement aux salles obscures.

En France, le rebond 2009 des cinémas aura été tout aussi spectaculaire puisque les exploitants y ont vendu près de 200 millions de billets – du jamais vu depuis 1983. Voilà qui ravira ceux qui croient encore à la valeur socialisante de la culture, au sens qu’il y a à se réunir dans une salle pour partager un moment de découverte ou de divertissement. Un peu comme si la fiction nostalgique de «Cinema Paradiso» (re) devenait réalité.

Le côté moins euphorisant de cette info, c’est que ce succès des salles obscures en 2009 semble conjoncturel. Globalement et sur le long terme, les gens se font de moins en moins une toile. En Suisse, par exemple, même si l’année 2009 a été bonne, la fréquentation a baissé de près de 29% entre 2002 et 2007. Quant à la «victoire» du cinéma sur les dvd, il s’explique surtout par la banalisation du téléchargement. Désormais, les cinéphiles sont de plus en plus des internautes. Au lieu d’acquérir un DVD, ils achètent ou louent des films directement depuis le Net, légalement ou non. Ce qui s’est accentué en 2009, c’est donc la chute du DVD et de son cousin Blu-ray (qui permet de stocker des films haute définition).

Voilà qui rappelle ce qui s’est passé avec l’achat de musique en ligne, il y a quelques années. Un modèle économique à repenser – depuis quelque temps, les profits tirés de la vente de DVD équilibraient les comptes de l’industrie américaine du cinéma qui peinait à suivre l’inflation des budgets de production et de marketing. Un univers du téléchargement cinéma est d’ailleurs en train de prendre corps. Il possède désormais ses sites internet, bien sûr. Mais aussi ses classements, ses modes de consommation, sa culture, ses codes et son bouche-à-oreille, tout cela fonctionnant différemment du circuit des salles obscures.

Ainsi, si l’on en croit le site américain «Torrentfreak», les trois films les plus piratés sur le Net américain de 2009 ne sont pas ceux qui ont triomphé en salle. «L’âge de glace 3», plébiscité au cinéma ne figure pas dans les 10 premiers. Lesquels sont plutôt des films faits pour plaire à un public plutôt jeune et plutôt masculin. Alors, le nom du long-métrage le plus piraté? «Star Trek» de J.J. Abrams (10,9 millions de copies ). Suivi de «Transformers 2» et de… «RocknRolla» (9,4 millions). En salle, ce long-métrage signé Guy Ritchie aura été un des plus cuisants bides de 2009.