John Dahl (2005). Last Seduction. Bande originale: anglaise ou française (Stéréo). Sous-titrage: français. GCTHV

John Dahl (2005). The Great Raid. Bande originale: anglaise ou française (Stéréo). Sous-titrage: français. RCV

John Dahl fait partie, avec des gens comme James Foley ou Stephen Hopkins, des réalisateurs américains qui auraient sans doute été beaucoup plus heureux durant l'âge d'or des studios. C'est-à-dire dans les années 1940-1950, lorsque les cinéastes de séries B étaient corvéables à merci et tournaient plusieurs films par an en tirant, de temps à autre, leur épingle du jeu avec des films plus personnels. Réputé comme l'un des metteurs en scène les plus doux qui soient, du moins sur un plateau, John Dahl, 56 ans, aura mené une carrière qui s'apparente à l'un de ses titres: Une Virée en enfer (2002).

Deux DVD, sortis simultanément ces derniers jours, le rappellent avec tristesse. D'abord, Last Seduction, son chef-d'œuvre, film noir de 1995 où l'actrice Linda Fiorentino réinventait de fond en comble l'image de la femme fatale: vicieux ou cherchant à prouver que Dahl est un grand auteur sous-estimé, l'éditeur du DVD a cru bon d'accompagner son film de sa risible suite signée en 1999 par le tâcheron britannique Terry Marcel et interprétée par la transparente Joan Severance.

Ensuite, The Great Raid, un inédit en salles de 2005, apparaît lui aussi dans les rayons. Un film de guerre assez pathétique, en vérité, où ses producteurs, les frères Weinstein, ont tenté de surfer sur le succès de Saving Private Ryan de Steven Spielberg et de Pearl Harbour de Michael Bay en évoquant un autre «haut fait» américain daté de 1945: la libération, par un bataillon de rangers, de 500 prisonniers de guerre américains retenus par les Japonais aux Philippines, dans le camp de Cabanatuan. Interprété par Joseph Fiennes, Benjamin Bratt, James Franco et Connie Nielsen, cette modeste production qui aurait voulu se faire aussi grosse qu'un bœuf est à l'image de ses acteurs: aussi expressive qu'une pierre tombale, la chaleur en moins.

Ceci expliquant cela, ce gigantesque four (10 millions de dollars de recettes pour 70 millions de budget!) a, depuis, relégué John Dahl à la réalisation d'épisodes de séries TV: Californication, Life, True Blood. Entre deux de ces mandats, il a tout de même réussi à tourner un film de cinéma, You Kill Me (2007), une comédie policière pas franchement drôle, à seulement 4 millions de dollars et restée elle aussi inédite à peu près partout.

Plus dure sera la chute... D'autant que tout avait plutôt bien commencé pour John Dahl. Passionné de cinéma né dans le Montana, ce diplômé du prestigieux American Film Institute de Los Angeles s'était fait la main en artisan discret et honnête: auteur de quelques vidéoclips, c'est par le dessin de story-boards, ceux de Dangereuse sous tous rapports de Jonathan Demme et de Robocop de Paul Verhoeven, qu'il avait intégré l'industrie hollywoodienne. Outre ses qualités manuelles, il avait démontré très tôt des talents de scénariste, vendant à 31 ans un script pour la série P.I. Private Investigation, puis rédigeant les films qui allaient le placer, dès 1989, parmi les auteurs à suivre: Kill Me Again avec Val Kilmer (Grand Prix du Festival du film policier de Cognac) et Red Rock West avec Nicolas Cage.

C'est, inexplicablement, après son troisième film, Last Seduction, et le moment où il a arrêté d'écrire, que la dégringolade a commencé: Mémoires suspectes, Les Joueurs, Une Virée en enfer... Comme si la source s'était tarie d'un coup d'un seul. Comme s'il avait soudain la tête ailleurs. Du temps de l'âge d'or des studios, il aurait sans doute profité pleinement des batteries de scénaristes qui pondaient des histoires au kilomètre pour une écurie de réalisateurs liés à vie à leur studio. Cinquante ans plus tard, John Dahl est un cinéaste abandonné à lui-même. L'industrie ne parie plus sur personne. Le long terme a disparu. Surtout pour les modestes et les doux.