Plusieurs réalisateurs. Cinéastes africains, volume I. Bandes originales: françaises, ou originales sous-titrées (DD mono). Arte Vidéo

«... Mais moi ça va bien, comme l'Afrique. Je me porte bien, j'ai de l'espoir. Je pense que, en tant que continent, je suis le centre du monde, les autres dérivent autour de moi...». Ainsi parlait le Sénégalais Sembène Ousmane en 1977. Une brève mais superbe interview du fondateur du cinéma africain figure sur un CD musical fourni dans le premier coffret Cinéastes africains, précieuse démarche d'Arte Vidéo.

Les amateurs peuvent découvrir les premières œuvres d'une cinématographie née dans les années 1960, soit «le plus jeune cinéma du monde», selon l'expression de l'experte Catherine Ruelle. Jeune, et donc rageur, ambitieux, frondeur. La maturité viendra pourtant vite.

La colère s'exprime, de manière rentrée, par La Noire de... (1966), premier long métrage africain, dû justement à Sembène Ousmane. Ou le drame d'une bonne embarquée en vacances à Antibes par ses patrons français. Incompréhensions et déception conduisent à une fin tragique. D'emblée, le cinéaste révèle la difficulté du dialogue avec l'ancien colon.

Sembène Ousmane réalise ensuite Le Mandat. Preuve, rapide, que les réalisateurs n'en restent pas aux rancœurs de l'époque de la domination blanche. Là, c'est l'histoire de Dieng, qui reçoit un virement depuis la France. Mais pour toucher l'argent, il entame son calvaire, fait de tracasseries administratives, de jalousies et de violences. Huit ans après l'indépendance, la description déjà dure d'un pays où «l'honnêteté est un crime», déplore Dieng.

«Le cinéma est une école du soir», dit Sembène Ousmane, qui a lui-même abandonné l'écriture pour mieux toucher ses proches. Les réalisateurs se sentent investis d'une mission éducative. Mais là encore, rien n'empêche la critique pour mieux aborder certaines mœurs. C'est Le Wazzou polygame, du Nigérien Oumarou Ganda, bataille de jalousie entre les femmes d'un époux qui, au retour de La Mecque, montre sa duplicité morale. Au Cameroun deux ans plus tard, avec Muna Moto, Jean-Pierre Dikongué-Pipa narre poétiquement l'histoire d'un soupirant qui n'a pas les moyens de payer la dot de sa belle et se la fait ravir par son oncle, déjà trois fois marié.

La réponse aux colons reste néanmoins vigoureuse. Le même Oumarou Ganda, repéré par Jean Rouch pour son film Moi un noir, réplique avec Cabascabo, les souvenirs d'un ancien enrôlé en Indochine. D'une narration sérieuse mais, au fond, d'une totale ironie, Moustapha Alassane conte Le Retour d'un aventurier (Niger, 1966), qui révéla la jolie Zelika Souley, égérie de ce premier cinéma: de retour au village, un bourlingueur offre à ses amis des panoplies de cow-boy. En jeans et le colt à la ceinture, ils sèment la panique dans leur propre campagne, jusqu'à prendre conscience de leur folie... Parabole de terre et de sang. A l'image du continent, dont Sembène Ousmane dit encore: «L'Afrique est une belle garce, mais c'est ma mère. Il faut l'aimer telle qu'elle est.»