Sylvester Stallone. John Rambo. (2007). Bande originale: anglaise ou française (Dolby Digital 5.1). Sous-titrage: français. Metropolitan.

«Tu peux vivre pour rien ou tu peux mourir pour quelque chose.» Mais qui revoilà? Sylvester Stallone! Rambo! Comme à la grande époque! Avec les répliques de bourrin et la philosophie paléolithique en pleine poire. Et ce n'est rien de l'écrire: alors que le Zurich Film Festival l'invitait à faire les jolis cœurs sur son tapis rouge vendredi soir - l'occasion d'un opportuniste Golden Icon Award -, sa dernière réalisation, John Rambo, alias Rambo 4, sort en DVD.

Sauf qu'on ne rit pas. Moins étalon que jamais, l'ami Sylvestre s'est, depuis trois ou quatre ans, engagé dans un stupéfiant come-back. Il y a eu la dégringolade que l'on sait: la plupart de ses derniers films n'étant pas sortis, il a survécu dans notre mémoire collective, pendant plus de quinze ans, grâce à la marionnette du Commandant Sylvestre dans Les Guignols de l'info. Et puis, comme délesté de ses déboires conjugaux, de la grosse tête et, moins certain, des anabolisants, il a repris la plume et la caméra. A 60 ans, il a d'abord ressuscité Rocky, le rôle qui l'a propulsé des limbes du porno soft (L'Etalon italien, 1970) sur la scène des Oscars. Résultat: Rocky Balboa, écrivions-nous à sa sortie le 24 janvier 2007, «construit son come-back improbable comme un humble mea culpa. Finis l'anticommunisme primaire d'un Rocky IV, le racisme de Rambo2 et 3: Stallone revient à l'origine de la saga, là où il représentait un certain désespoir des laissés-pour-compte de l'immigration américaine, une réalité de la fracture sociale aussi.» Ce dernier acte de l'aventure Rocky, plaidoyer inattendu pour le droit à l'erreur, se terminait même sur l'un des génériques les plus émouvants qui soient.

Qu'en est-il de Rambo 4 (auquel succédera, c'est officiel, un Rambo 5)? Sylvester Stallone a tourné ce nouveau segment sur la frontière birmane, il y a un an, c'est-à-dire en pleine Révolution safran. Dans la presse d'alors, il a raconté avoir vu passer sur le fleuve où il filmait des flots de cadavres, de membres et de têtes coupées. Que cette star boursouflée soit confrontée à la réalité de la guerre après avoir décimé l'intégralité des troupes vietnamiennes (Rambo 2, 1985), puis, en Afghanistan, la moitié de l'armée russe (Rambo 3, 1988) pouvait aboutir, de surcroît en pleine débâcle irakienne, à deux possibilités: soit un film bushien, belliqueux et interventionniste comme il y a vingt ans; soit une remise en question de l'Amérique va-t-en-guerre, de Bush et de sa propre icône.

Au début, c'est mal parti: John Rambo, le visage plus ratatiné que jamais (Stallone a eu certains nerfs faciaux sectionnés lors de sa naissance au forceps), fait le Davy Crockett dans la jungle vietnamienne. Il pêche des poissons à l'arc et éructe des «Gueuh!» désapprobateurs quand les volontaires d'une Eglise américaine lui demandent de les accompagner en Birmanie où ils mènent une mission humanitaire. «Il n'y a plus rien à sauver sur la Terre», caverne-t-il. Sauf que Rambo est aussi un homme: dans le troupeau de béni-oui-oui, une jolie blonde réussit à le convaincre. Il les posera sur la rive birmane, pas davantage. Mais la blondinette est enlevée par une section ignoble de la junte militaire. Rambo se réveille et se lie, écœuré, avec des mercenaires sans morale.

Comment décrire ce qui suit? Rambo 2008 n'a plus rien à voir avec le vétéran du premier volet (excellent film de 1982 signé Ted Kotcheff), avec le Messie du deuxième ou avec le justicier du troisième. Vingt ans après, le muscle est fatigué. La démarche lourde. Le nationalisme vacillant. Et surtout, puisque le superhéros Rambo ne peut pas être physiquement vulnérable ni philosopher trop (sinon les studios ne paieraient pas le film), le sang afflue. Un vrai coup de sang. Un raz de marée qui monte dans les tempes. Jamais autant de têtes, de jambes, de bras, de troncs, de bras auront été coupés, déchiquetés, troués sur un écran. Au point que le film bascule, qu'il devient un objet abstrait, une projection de rouge et de chair qui ne déparerait pas dans une vente d'art contemporain.

Rambo ne rectifie plus le sens de l'histoire: il le subit et le fait subir au spectateur. Stallone cherche-t-il à punir le public de ne pas l'avoir éveillé plus tôt? De ne pas lui avoir signalé qu'il avait fini par confondre mythe et mythomanie? Il ne s'y prendrait pas autrement. Vous vouliez de la guerre, des tripes éclaboussées, des bombes, des balles? Les voilà, en pleine poire. La politique du gros bâton prônée par Teddy Roosevelt, jusqu'à l'absurde. Jusqu'à gicler le bureau ovale d'où Bush lance ses troupes sans se salir.

Spectaculaire prise de conscience? Le prochain projet de Sylvester Stallone va dans ce sens. Ou plutôt dans le sens inverse des préjugés. Depuis le 19 septembre, la production d'un biopic (biographie filmée) qu'il a écrit et réalisera est officiellement sur les rails: Poe, sur la vie d'Edgar Allan Poe, son écrivain favori.