David Von Ancken (2007). Seraphim Falls. Bande originale: anglaise ou française (Dolby Digital 2.0 ou 5.1). Sous-titrage: français. Ascot Elite

Lorsque Seraphim Falls débute, l'histoire a déjà commencé depuis longtemps. Et lorsqu'il se termine, on se doute qu'elle n'est pas près de s'achever.

Reprenons. Lorsque Seraphim Falls débute dans les sommets enneigés des Ruby Mountains, dans le Nevada, Gideon (Pierce Brosnan, méconnaissable) mène une vie de fuyard: sa barbe est drue, ses cheveux sales, sa peau tannée. Et lorsque, soudain, un coup de feu déchire le silence et sa poitrine, il est évident que son poursuivant, Carver (Liam Neeson, monastique), connaît sa cible depuis belle lurette. Il dit à ses quatre hommes de main (Michael Wincott, Ed Lauter, Robert Baker, John Robinson, que des gueules rejointes plus tard dans le film par Tom Noonan et Anjelica Huston): «Ne le tuez pas! Laissez-le saigner.»

Comme dans cent westerns avant lui, Seraphim Falls, produit par la compagnie de Mel Gibson (Icon), ressert donc le motif de la vengeance. En cette année 68, 1868, il apparaît bientôt que Gideon et Carver furent soldats, chacun dans un camp de la guerre de Sécession encore fumante. Là aussi, des dizaines de westerns ont raconté cette histoire. Et pourtant. Le scénariste et réalisateur David Von Ancken, anonyme artisan passé derrière la caméra de toutes les séries TV depuis quatre ans (Oz, Numb3rs, The Shield, Cold Case, Californication ou Les Experts: New York), semble avoir décidé de sortir de l'anonymat. La course-poursuite, qu'on croit achevée au bout de trois minutes, se prolonge en fait durant deux heures et ose l'abstraction. Le fuyard élimine ses poursuivants un à un, et entraîne son poursuivant des sommets enneigés et glaciaux jusqu'à un final indécis sur la terre craquelée d'un désert étouffant.

Soldat du Nord contre soldat du Sud, poursuite du froid au chaud et du Nord au Sud: entre les mains du producteur Gibson, Seraphim Falls était menacé de prétention métaphorique et surtout de prêchi-prêcha sur la loi du talion. David Von Ancken évite ces écueils. Et part dans la direction opposée: point de salut dans cet «œil pour œil», pas de victoire pour quiconque dans quelque guerre que ce soit.

Tandis qu'il envoie valdinguer le dernier western en date (3h10 pour Yuma) dans les décors de sa futilité, Seraphim Falls se rapproche petit à petit du film le plus expérimental de Gus Van Sant, Gerry, où deux personnages erraient dans le désert 90 minutes et sans but apparent. Rarement, surtout dans une production hollywoodienne et avec des acteurs de la trempe et de la pointure de Pierce Brosnan et Liam Neeson, on aura assisté à la mise en images d'un scénario aussi buté. Rarement ces images mêmes n'en auront à ce point fait qu'à leur tête, portées par un minimum absolu d'explications dialoguées. Il faut espérer que, malgré l'échec cinglant du film aux Etats-Unis, David Von Ancken puisse continuer à creuser ce sillon étonnant.