John Huston. Coffret John Huston. «La Malin» (1979) et «Au-dessous du volcan» (1984). «Wise Blood» et «Under the Volcano». Bande originale: anglaise ou française. Sous-titrage: français. Carlotta

Il est terrifiant de mesurer à quel point la cinéphilie, pourtant l'un des piliers parmi les mieux partagés de la culture générale occidentale, a, de nos jours, la mémoire courte. Prenez John Huston, mort il y a à peine vingt ans: qui s'en souvient et qui en parle encore? Même lorsque l'éditeur Carlotta sort un coffret réunissant deux de ses films devenus rares, il signale sur la pochette, en désespoir de cause, «par le réalisateur du Trésor de la Sierra Madre». Carlotta doit forcément se poser la question: ça dit encore quelque chose à beaucoup de gens, Le Trésor de la Sierra Madre? Davantage peut-être que ces autres chefs-d'œuvre hustoniens que sont Le Faucon maltais, The African Queen, Moby Dick, Les Désaxés, Reflets dans un œil d'or ou L'Homme qui voulut être roi...

Heureusement, Carlotta fait partie de ces quelques rares éditeurs DVD qui croient encore que tout n'est pas perdu. Témoins, ces rééditions restaurées de deux films étranges agrémentés d'entretiens, de making of d'époque et autres suppléments qui permettent de redécouvrir la personnalité fascinante de John Huston, ancien cow-boy qui servit dans la cavalerie mexicaine, ancien boxeur et perpétuel bagarreur, amateur de femmes et de chasse au renard.

Et puis, surtout, il y a les films. Le Malin est une étrangeté qui n'a pas pris une ride, malheureusement. Il s'agit en effet d'une peinture au vitriol du Sud des Etats-Unis à travers une thématique qui a depuis largement égrené vers le Nord et forme aujourd'hui l'essentiel des occupations de la Maison-Blanche. Cette thématique est celle des béni-oui-oui, des agitateurs de bibles, qui font de la foi un business. Brad Dourif, qui incarne le personnage principal, croque un authentique allumé, un fanatique de premier ordre. Production indépendante, Le Malin déploie sa colère contre les abuseurs de crédulité avec une verve qui n'existe plus au cinéma.

Au-dessous du volcan aussi est un cas. Très discuté à sa sortie parce qu'adaptation d'un best-seller de Malcolm Lowry, le film est, en quelque sorte, l'hymne au tord-boyaux que Huston avait toujours rêvé de réaliser. Depuis, le livre, qui se voulait plus ésotérique et politique, a disparu des préoccupations, tandis que le film, lui, est resté, intact, dans la tête de tous ceux qui l'ont vu en 1984-1985: Albert Finney en Anglais alcoolo, paumé dans un bled mexicain, incapable de se rabibocher avec sa femme (Jacqueline Bisset), la mise en scène épurée, très physique, la mort, la solitude, la beauté des femmes, l'absurdité du monde. Même le lecteur DVD en redemande!