DVD

Echappée des seventies, la ménagerie zinzin des Muppets refait un tour de piste

Kermit, Miss Piggy, Fozzie, Gonzo, Animal… Sorties des radars, les géniales marionnettes créées par Jim Henson se rappellent à notre bon souvenir dans «Les Muppets – Le Retour». Un smörgåsbord et ça repart!

Genre: DVD
Qui ? De James Bobin (2011)
Titre: Les Muppets – Le Retour
Chez qui ? Disney DVD

On a tous une grenouille au fond du cœur. Glapissante, verte avec une collerette, des yeux en balles de ping-pong, un banjo à la main… Kermit! Le meneur de revue des Muppets! Il ne faut pas sous-estimer l’impact que les Muppets ont eu sur les esprits en 1976, date de leur apparition. En ce temps, les marionnettes étaient culturelles, pédagogiques, sentencieuses, raides comme des santons. Soudain a déferlé cette ménagerie ahurissante et le vent de l’absurde a soufflé dru.

La planète a succombé inconditionnellement. Des citoyens honorables en ont bavé de bonheur devant le petit écran. Vous, oui vous, pharmaciens, logopèdes, directeurs de collège, journalistes, qui aviez 20 ans à la fin des années 70, ne vous êtes-vous jamais vautrés un dimanche après-midi devant la télé pour rire des facéties de Kermit et de ses amis à plume et à poil? Quoi? Vous aviez fumé l’herbe qui rend nigaud? N’aggravez pas votre cas…

Les années ont passé. Jim Henson, le génial créateur des Muppets, est décédé en 1990. Après 120 épisodes (5 saisons) télévisés, une dizaine de films et téléfilms, dont le dernier, Les Muppets dans l’espace , a fait un flop, les joyeuses marionnettes ont passé la main. Restait le souvenir de couleurs vives remontées de nos jeunes années. Et quelques références: il est difficile d’exprimer un rien de scepticisme en assemblée sans que ne fuse une allusion à Statler et Waldorf, les deux vieux qui ronchonnent au balcon…

Disney a racheté la franchise en 2004 et orchestré le grand retour de Kermit & Cie. Youhou! On pouvait craindre le pire: Jason Segel, qui a coécrit le scénario et tient le rôle principal, a acquis sa célébrité chez Jude Apatow ( En cloque mode d’emploi ), et, derrière la caméra, James Bobin a été le complice de Sacha Baron Cohen sur Da Ali G Show . En enfilant leurs pognes poisseuses dans la gaine de Piggy la cochonne, quels outrages les deux vilains drôles allaient-ils faire subir aux Muppets? Miracle: aucun iconoclasme à signaler. Aucun cynisme non plus. Kermit retrouve sa verdeur originelle. C’est à peine si les auteurs introduisent quelques indices de modernité – la Barbershop Quartet entonne a cappella «Smells Like Teen Spirit», de Nirvana.

Les comédiens de chair vieillissent et meurent. Les marionnettes s’immobilisent et prennent la poussière. On leur souffle dessus, elles reprennent vie. Cette magie transparaît dans le film.

A Smallville, Gary et Walter ont grandi ensemble dans la joie. Le problème est que le premier atteint sa taille adulte quand le second reste un nabot de feutrine. Heureusement pour lui, il y a les Muppets, cette espèce qui lui ressemble et dont il est fan. A Los Angeles, il découvre que les studios de la grenouille sont désaffectés. Pis: un milliardaire veut les raser pour forer le pétrole.

Pour s’opposer à ces sinistres projets, il faut racheter le terrain en organisant un téléthon. Kermit sort de sa retraite pour réunir les autres. Fozzie, l’ours orange aux calembours navrants, se produit dans un casino minable. Gonzo le vautour fait du business. Animal, le batteur fou (inspiré par Keith Moon des Who) suit une thérapie pour contrôler sa colère. Piggy dirige un magazine de mode à Paris… Ils répondent tous présent, le Chef suédois, Rowlf, Scooter, Sam, Clarice, des poules et des pingouins, des zigotos et même quelque énorme yéti violet…

Conçu pour présenter les personnages à une nouvelle génération, ces pauvres kids susceptibles de prendre Kermit pour une Tortue Ninja, Les Muppets – Le Retour tient dans son intitulé. Il distribue chaque Muppet dans quelques numéros désopilants, renoue avec le surréalisme bon enfant, multiplie les caméos (Mickey Rooney, Emily Blunt, Whoopi Goldberg, Dave Grohl, Judd Hirsch, Jack Black…), propose des chansons drôlement sentimentales («Même les grenouilles ont leurs jours de pluie», se lamente Kermit) ou simplement déjantées (le fameux «Mah Na Mah Na» du générique de fin)…

Le cahier des charges est parfaitement rempli. Avec un petit bonus psychanalytique et métaphysique. C’est quoi, c’est qui Walter, cet enfant qui ne peut pas grandir, cet avorton d’avatar de Peter Pan en feutrine, ce Doppelgänger minable? Ces interrogations s’expriment dans un duo à quatre voix, une chanson schizophrène rassemblant autour de deux pianos blancs Gary, Walter et leurs doubles de chair et de laine: «Suis-je un homme ou un Muppet?» Une question que tout un chacun peut se poser…

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Fozzie

Ours improbable à galure ridicule

«Qui nettoiela fête foraine?La femmede manège…Wocka wocka!»
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