Qui ? Arnaldur Indridason

Titre: Le Duel

Trad. de l’islandais par Eric Boury

Chez qui ? Points, 408 p.

 

Le jeune Ragnar n’avait qu’une envie: garder un souvenir de sa séance de cinéma. Certains conservent religieusement leurs tickets, l’adolescent islandais, lui, préfère enregistrer la bande sonore du film grâce à un vieux magnéto. De toute façon, en 1972, dans une petite salle de Reykjavik, les problèmes de droits d’auteur se posaient un peu différemment.

 

Problème, cette séance de 17h de L’Homme sauvage n’est pas uniquement fréquentée par des amants en quête de discrétion, un poivrot en quête de tranquillité ou un clochard en quête de chaleur. Mais également par d’autres spectateurs pour qui les chevauchées de Gregory Peck n’ont guère d’intérêt. Et qui, dans l’obscurité, décident de liquider l’adolescent.

La toile de fond du meurtre: le «match du siècle». Une série historique de parties d’échecs opposant Bobby Fischer (Etats-Unis) au champion du monde en titre Boris Spassky (URSS). Ce duel – un symbole de la Guerre froide qui a véritablement eu lieu – est nimbé de mystère. «L’événement s’est transformé en une véritable folie. On parle de complots et de coups bas de toutes sortes: ronronnements des caméras, rayonnements émis par les lampes, gaz nocifs provenant des fauteuils, voire hypnotiseurs russes assis aux premiers rangs…» Et si cette bataille psychologique était liée au meurtre de Ragnar?

Ecrit comme une partie d’échecs (chaque chapitre ou presque délivre des bribes d’indices), Le Duel est un polar à l’ancienne. Où les enquêteurs pataugent péniblement dans le brouillard et assemblent lentement les pièces du puzzle. En outre, le livre laisse transpirer la passion d’Indridason – un ancien critique – pour le septième art. En témoignent ces longs passages où l’on se promène dans les salles d’un autre âge. Quand les multiplexes clinquants débordant de pop-corn n’existaient pas.

Fidèle à lui-même, l’auteur éclipse une nouvelle fois son enquêteur vedette, Erlendur Sveinsson. Il n’apparaît qu’à la dernière page. Comme jeune stagiaire. Valère Gogniat