Il y a des matins comme cela, où l'on se réveille avec un sourire béat. Ce soir, Jazz in Willisau ouvre son cœur, pour quatre jours. Confiné au finistère de l'été, le festival alémanique dévoile, depuis deux décennies, une curiosité affamée. De Lucerne à Willisau, on ne compte que quelques lancers de pierre d'Unspunnen. Un saut de puce, en somme. Et pourtant, rien de moins urbain que ce hangar planté dans un champ, consacré temple de la musique nouvelle le temps d'une manifestation. Pas d'équivalent en Suisse à cette surprise-partie d'improvisateurs orgiaques. Pour la culture, jusqu'à dimanche, Jazz in Willisau est un grenier fédéral.

Alors, on imagine déjà les lèvres d'Archie Shepp qui embrassent le bec d'un saxophone magicien. Pour trancher le ruban polychrome de Willisau, ce jeudi, les organisateurs ont choisi un projet rare. Le guitariste Jean-Paul Bourelly convie Archie, cyclone parmi les souffleurs. Dérivé de l'album Boom Bop, le concert s'annonce tumultueux. Bourelly, Américain de parcours, Berlinois d'adoption, n'a pas encore le statut qu'il mérite. Peut-être trop de promesses non tenues, depuis sa collaboration avec Miles Davis. Mais surtout, un art de l'ellipse et du détournement qui font de sa carrière en dents de requin la chronique d'un triomphe différé. Mais on s'accroche. Car il existe, dans cette guitare ballottée sur toutes les routes, l'indice précieux d'une quête proche de son terme.

Même sentiment pour Sylvie Courvoisier, pianiste de Lausanne établie à New York, en concert samedi. Puis pour le batteur Jim Black, le pianiste Andrew Hill, programmés le même jour. Enfin, pour Misha Mengelberg, Maria Joao, artistes phares de dimanche. Ce n'est pas pour rire. Jazz in Willisau n'annonce que des créateurs en plein ouvrage. Aucun assoupi de bas étage. Dès maintenant, on trépigne.

Jazz in Willisau, jusqu'au 2 sept. Rens. www.jazzwillisau.ch ou 041/970 27 31.