Le travail préalable à la fiction est considérable. On en prend la mesure en lisant le livre The Corner, publié récemment en français (Ed. Florent Massot). Au début des années 1990, David Simon, alors journaliste au Baltimore Sun , concentrait son attention sur l’ouest de la ville, ces ghettos devenus scène ouverte de la drogue. Quelques artères – le plan est fourni, montrant l’exiguïté de la zone – où chaque coin de rue est lieu de commerce clandestin. Ancien policier, Ed Burns épaulait le chroniqueur. Leurs observations ont paru en 1997 sous le titre The Corner . Le livre deviendra une mini-série TV (disponible en zone 1, sous-titrée), matrice de The Wire ( Sur Ecoute , 2002 – 2008), chef-d’œuvre télévisuel de la décennie.

Ecrit presque comme un roman, The Corner frappe par sa densité. Jusqu’à dérouter peut-être; le seul premier volume de 394 pages ne comprend aucun enjeu dramatique. Les auteurs dressent la chronique, au jour le jour et avec leurs véritables noms, des camés qui hantaient les abords de Fayette Street en 1993. Les «zombies», parmi lesquels Gary McCullough, qui eut une vraie vie avant de sombrer dans le crack, et son fils DeAndre, lequel n’a plus de contact avec son père. L’ordinaire détaillé des échoués de l’Amérique, leurs combines pour grappiller quelques dollars à un monde qui les ignore. Loin des gangs, le récit des paumés, ceux qui fuient davantage les balles qu’ils n’en tirent. Alors que sa nouvelle série, Treme, sort en DVD – on y reviendra –, ce document éclaire la méthode de David Simon et ses acolytes, figures hors norme du microcosme télévisuel.