En 24 heures, la bataille de la vidéo en ligne a connu trois embardées notables, qui illustrent l’agressivité des opérateurs en ces temps de relative décrue de la crise sanitaire dans les pays occidentaux. La dernière en date est l’hypothèse, crédible, de l’absorption par Amazon des studios MGM et de leurs juteuses franchises, à commencer par James Bond.

Scène 1: aux Etats-Unis

Voici un thriller économique en trois scènes récentes. Lundi, AT&T, propriétaire de WarnerMedia (HBO, CNN), annonce la fusion de cette filiale avec le réseau Discovery, moins connu en Europe qu’aux Etats-Unis, où il occupe la première place en matière de chaînes thématiques. Il possède aussi Eurosport. Ce mouvement est jugé par les analystes comme un aveu de faiblesse d’AT&T, qui peine à valoriser son pôle média/streaming. HBO Max, le service de vidéo en ligne qui possède Game of Thrones, affiche des chiffres d’abonnés encore modestes face à Netflix et surtout Disney, la fusée actuelle du streaming en termes de rapidité d’acquisition d’abonnés au niveau mondial.

Le début des hostilités, en 2019: La guerre des séries en ligne commence

Scène 2: TF1-M6, soi-disant pour attaquer Netflix

Lundi soir, scène 2. Le Figaro révèle que TF1 est en négociations finales pour l’acquisition du groupe RTL/M6, à 641 millions d’euros. L’affaire est présentée par TF1 aussi bien que par Bertelsmann, le vendeur, comme un moyen de créer un groupe capable de rivaliser avec Netflix.

Lire aussi: Martin Bouygues, empereur audiovisuel français

C’est un argumentaire fumigène, car M6 est notoirement faible en investissements audiovisuels, et rien n’indique que la nouvelle entité pourrait mieux attaquer le leader du marché mondial sur son cœur, la fiction qui fidélise. Cette fusion, encore hypothétique en raison des barrières des dispositions sur la concurrence, constituerait surtout une considérable mainmise sur le marché publicitaire TV hexagonal.

Scène 3: Amazon sort du bois (de la Comté)

La troisième scène: «My Name is Bond…» Ce mardi, le site américain The Information a évoqué, de bonne source, des discussions entre Amazon et les propriétaires de MGM. Le Financial Times confirme l’hypothèse. Le groupe de cinéma et TV, issu d’une compagnie fondée en 1924, serait valorisé à 9 milliards de dollars.

L’extraordinaire popularité des aventures de l’espion anglais a fait saliver de nombreux acquéreurs potentiels. Le ramdam James Bond a été accru par le fait que, covid oblige, la sortie du Bond 25, No Time to Die, a été repoussée à plusieurs reprises. Elle est désormais agendée pour le 30 septembre.

MGM est à vendre depuis des mois, des années peut-être. Le prestigieux studio, qui possède notamment des droits sur les films de Charlie Chaplin dans le catalogue de United Artists, souffre du fait qu’il n’est pas adossé à un groupe opérant dans la vidéo en ligne. Warner dispose de sa plateforme web HBO Max, qui attaquera le marché européen cette année; ABC (Lost, entre autres), du portefeuille Disney, est désormais valorisée par Disney+; Universal possède son vecteur web pour l’instant aux Etats-Unis, Peacock, lequel pourrait partir à la conquête d’autres territoires.

MGM, la solitaire

Dans la fête générale du streaming à Hollywood, MGM est la solitaire qui sirote son verre dans son coin. Et pourtant, elle possède la pépite, James Bond, ainsi que La Panthère rose, The Handmaid’s Tale ou 2001, l’odyssée de l’espace, entre tant d’autres merveilles de catalogue.

C’est ce fonds qui la rend si désirable. Les géants du web tels qu’Amazon veulent se battre sur le divertissement; mais ils n’ont rien dans leurs poches, hormis des milliards de dollars. Il leur manque les archives, lesquelles fidélisent davantage les clients que les grandes nouveautés de prestige.

Ces derniers mois, MGM a été fiancée à au moins deux prétendantes de poids. D’abord Apple, dont il a été dit qu’elle salivait sur le dernier James Bond, et partant, sur les 24 films officiels précédents. Les discussions auraient achoppé sur le prix. Ensuite, Paramount, qui veut doper son site de streaming, aurait approché la belle. Apparemment sans succès, puisque Amazon pourrait l’emporter.

Une tribune récente: Vidéo en ligne: Goodbye Hollywood, hello Google!

Amazon avancerait massivement

Pour le grand magasin en ligne, l’acquisition permettrait une forte poussée en avant sur le divertissement dans les foyers. Amazon encapsulant son offre Amazon Prime Video dans Prime, l’abonnement qui comprend la livraison gratuite, il est toujours difficile d’estimer le nombre d’abonnés qui regardent vraiment son offre vidéo.

Mais tout indique que le groupe de Jeff Bezos veut faire des avancées majeures, après que Disney+ a planté les premières banderilles sur les flancs de Netflix. Amazon frappera fort, en principe cette année, avec sa série du Seigneur des anneaux. Si elle peut y adjoindre le glamour dry martini de «Bond, James Bond», elle avancera fortement sur la scène mondiale.