Le FriedrichstadtPalast est à Berlin ce que Broadway est à New York: un morceau d'identité de la ville. Même rénové, le bâtiment massif qui héberge la scène «la plus fréquentée» de la capitale (2000 places, un taux d'occupation soviétique: 99% sur l'année) ne se départit pas de son air désuet. Il fut construit en 1867 et, après la réunification, criblé de dettes, menacé de disparaître. Mais l'arrivée d'un nouvel intendant en 1993 provoqua un miracle.

Alexander Iljinskij frétille quand il évoque, d'un ton paternaliste, les «belles danseuses» de sa Revue. Elles lèvent la jambe aussi haut qu'au Moulin-Rouge, mais leur performance s'inscrit dans un «spectacle total» qui met en scène l'histoire de Berlin. Les artistes sont à la fois danseurs professionnels, comédiens, chanteurs, voire voltigeurs, jongleurs ou clowns. Cette Revue, c'est son originalité, puise aux sources de la danse, du cabaret, du cirque, du théâtre et du music-hall.

Les costumes et les masques sont fastueux. La dimension majestueuse de la scène, l'orchestre, le light show et les effets techniques (parfois lourds) confèrent au spectacle son caractère «grandiose» qu'Alexander Iljinskij affectionne tant. Le succès populaire lui donne raison. Sans doute le public est-il grisonnant, mais la Revue n'est pas un show pour rentiers. La critique a d'ailleurs très bien accueilli la dernière édition, mise en scène par le… Zurichois Jürg Burth.

La Revue, c'est Berlin nostalgie. Le spectacle décline les airs musicaux à la mode et les styles de danse qu'ils ont fait émerger au fil des décennies. On peine à trouver les traces de l'esprit berlinois, qui fut vif et truculent avant de devenir amer et cynique. Sans doute sont-elles gommées par la loi du genre: la Revue est une superproduction calibrée pour procurer un plaisir facile. Le temps d'une représentation, le show renoue les fils et assemble les reliques d'une histoire unique qui est aussi notre histoire, à nous Européens.

Ainsi la Revue agit-elle comme une machine à se souvenir dans Berlin normalisée, où tout est à penser, imaginer, fantasmer, regretter, désirer… Avant d'y aller, tapez www.friedrichstadtpalast.de ou appelez le 0049/30 23 26 23 26.