Les années 80, qu'on croyait définitivement ringardisées, opèrent leur come-back. Sur les scènes anglaises, les Paul Young, Spandau Ballet et autre Kim Wilde tournent à qui mieux mieux. Sorti de son repaire de l'île de Wight pour une rare série de concerts, Mark King, pouce rebondissant sur une basse qui clignote, a fait salle comble cinq jours de suite dans un club de Londres. Sans honte, et avec une joie communicative, le blond bassiste passe en revue les meilleurs morceaux de son ex-groupe Level 42, lorsque le funk blanc était au pinacle de sa gloire («Love Games», «Something About You», «Lessons In Love»…).

Devant un parterre de fidèles jamais vraiment remis de la séparation du groupe en 1994, Mark King, entouré d'un nouveau groupe de jeunes musiciens, annonce la couleur: «Je vais jouer plein de vieux trucs… Et alors? On s'en fout!» Peu lui importe que ses disques les plus récents ne rencontrent qu'un succès confidentiel, il assume avec bonheur ce rôle de garde-temps, condamné consentant à revisiter le même répertoire pour l'éternité. Après le concert, il avoue prendre plus de plaisir à jouer aujourd'hui qu'à l'époque des tournées mondiales, lorsque la tension finissait par avoir raison des plus solides amitiés musicales.

Proportionnel à son enthousiasme, le volume anesthésie les oreilles, mais le résultat sur scène est impressionnant. Et un peu étrange: en fermant les yeux, on rajeunirait de quinze ans… Encore plus étrange, lorsque dans les premiers rangs, une silhouette frisée et familière se glisse: Mike Lindup, l'ancien clavier et co-leader du groupe, tombé depuis dans un oubli relatif. Il est là, avec sa copine, parmi des fans ordinaires, à fredonner les airs qu'il chantait devant des stades pleins, d'Osaka à Cincinnati. Malaise. «Je me dis que je devrais être là-haut… puis je me ravise, sourit, un peu amer, le musicien. Je m'y suis fait, avec le temps.»

Le concert terminé, Mike Lindup s'en va, un peu gauche, dire bonjour à Mark King dans la loge. La porte se referme sur leur conversation, et sur le mystère de cette séparation. La nostalgie n'a pas le même goût pour tout le monde.