Deux siècles que ça dure. Depuis 1802, une épine est profondément plantée dans le pied des relations gréco-britanniques: les frises du Parthénon. Cette semaine, pour la première fois, le ministre grec de la Culture, Evangelos Venizelos, est venu à Londres demander officiellement à l'honorable institution de lui rendre ces trésors de l'Antiquité sous la forme d'un prêt permanent.

L'histoire est racontée de manière différente suivant qu'on soit sur les bords de la Tamise ou de la mer Egée. Au début du XIXe, lord Elgin, ambassadeur britannique à Athènes, «sauve» ces frises, menacées de destruction, en les embarquant dans les navires qui rapportent ses affaires vers Londres. Quatorze ans plus tard, fauché, le diplomate vend ces œuvres inestimables, sculptées au Ve siècle av. J.-C., au British Museum. Depuis, les «marbres d'Elgin», comme les appellent les Britanniques avec leur sens consommé de la propriété, constituent une des pièces maîtresses du musée. La Grèce les réclame depuis qu'elle les a laissé filer, crie au vol, demande justice, mais rien n'y fait.

Evangelos Venizelos avait pourtant un dossier séduisant: Athènes prépare les Jeux olympiques de 2004, et à cette occasion, prévoit de construire une galerie en verre qui permettrait d'admirer les frises avec en arrière-fond le Parthénon, et qui protégerait les marbres de la pollution, principal argument avancé par les Anglais pour refuser toute idée de retour des centaures et autres dieux grecs dans leur pays natal.

En contrepartie, le British Museum, qui peine financièrement (12 millions de francs de pertes cette année), pourrait choisir quelques trésors de son choix dans le stock antique des autorités grecques. Cette offre suit une discussion, il y a quinze jours, entre Tony Blair et le premier ministre grec, Costas Simitis.

Sourire carnassier, Neil McGregor, directeur du British Museum, a éconduit le ministre grec: «Notre position est que les marbres font partie intégrante du British Museum et qu'ils ne peuvent être prêtés sans conséquence dommageable pour le rôle du musée. Il n'est pas question de les replacer sur le Parthénon. On ne peut recouvrer ce qui est perdu.» Même discours de la part de la ministre de la Culture, Tessa Jowell. Entre Londres et Athènes, on a une nouvelle fois frisé l'incident diplomatique.