La culture, quoi qu'on dise, n'a pas été oubliée lors des municipales françaises où, transformés en camelots du civisme ordinaire, les candidats ne veulent surtout pas négliger la moindre attente de leurs chers électeurs. Surtout à Toulon, où le sujet demeure, six ans après la venue au pouvoir de l'extrême droite, des plus sensibles, même si le Front national a perdu la mairie au premier tour déjà, le week-end passé. C'est même un clou sur lequel, joyeusement, tape une des vedettes de la campagne, Jean-Charles Marchiani.

Dans nos mémoires, cet ex-membre des services secrets, cet ancien préfet laisse un souvenir cuisant pour le monde de la culture. Ce fut, en 1996, le «non» retentissant de ce représentant de l'Etat au concert que devait donner le groupe NTM (en clair: «nique ta mère»), dont on se rappelle qu'il s'en prenait avec violence à la police. Et Marchiani est encore associé à son opposition déterminée à l'action du centre culturel de Châteauvallon, que dirigeait alors Gérard Paquet.

Le souvenir de tout cela semblait s'être estompé. Erreur. M. Marchiani est toujours aussi militant d'une culture qui se débarrasserait des «dérives ordurières» de l'art contemporain, qu'il soit plastique, chorégraphique ou musical.

Quelques jours avant le premier, dans un restaurant de bord de mer, il faisait équipe avec son mentor, Charles Pasqua, pour dessiner ce qu'elle doit être, cette culture: «Un moyen de s'élever.» Voilà le premier article d'un credo, nourri par l'affaire NTM. Article 2: «La culture ne saurait être un exercice dans lequel les gens s'expriment à l'intention d'une hyperminorité.» Article 3: «Pas besoin d'un Ministère de la culture, qui n'existe nulle part ailleurs dans le monde.»

Que de choses à dire sur cette intéressante philosophie, dont on observera que personne ne nous indique comment s'opéreront les choix d'une culture pour tous. Ni quelle œuvre d'art «élève», laquelle «abaisse». Dans cet exercice d'ascenseur, MM. Pasqua et Marchiani pourraient bien se retrouver bloqués entre deux étages.