Au soir du second tour des municipales lyonnaises, ils ont explosé de joie. Puis ils ont soufflé. Un peu soulagés quand même. La vingtaine de directeurs des grandes institutions culturelles lyonnaises, du Suisse Klaus Hersche, patron des Subsistances, au «gaulliste» Guy Darmet, le patron de la maison de la danse et de sa spectaculaire Biennale, en passant par le directeur de l'Opéra ou celui de l'Institut Lumière, avait en effet joué gros. Pour la première fois dans l'histoire de la ville, alors que leur fonction et leur statut de salariés de la collectivité les poussent d'habitude à la plus extrême retenue, ils se sont publiquement engagés dans le débat et, au-delà de leurs divergences politiques, ont tous appelé à voter pour le socialiste Gérard Collomb.

En fait, ils ont surtout appelé à voter contre Charles Millon, devenu l'homme fort d'une droite lyonnaise décimée, et qui s'apprêtait à devenir le vrai maire de la ville. On ne peut savoir – secret des urnes oblige – si leur intervention a été décisive dans la victoire finale, presque inattendue. Mais le monde de la culture est bien apparu, dans l'entre-deux-tours lyonnais, comme le premier – et presque seul – rempart contre l'arrivée de Charles Millon aux affaires municipales.

Symbole s'il en est, les seuls hommes politiques de droite à avoir explicitement appelé à voter pour le socialiste Collomb furent les deux précédents adjoints à la culture, celui de Raymond Barre, Denis Trouxe, et celui de Michel Noir, Jacques Oudot. La constatation n'est finalement pas surprenante: le monde de la culture doit être aussi celui de la mémoire. Et la mémoire des choix culturels imposés à la Région pendant les quelques mois de 1998 où Millon n'y a conservé son fauteuil de président que par la grâce de ses alliés du Front national, n'a pas été effacée.

Déjà, à l'époque, c'est sur le terrain culturel que s'était levé le «rejet citoyen» qui avait finalement balayé cette alliance. De la mémoire, le nouveau maire lyonnais devra en avoir: 20% du budget de la ville, soit 150 millions de francs suisses, est consacré à la culture. Mais 1 million seulement aux «cultures émergentes». Avec l'arrivée du discours culturel dans la politique, Gérard Collomb devrait rapidement modifier cette situation.