Victor Hugo aurait eu 200 ans en 2002. C'est son année. Emile Zola est mort en 1902. Anniversaire. Avec une panoplie d'expositions pour ces figures d'artistes engagés dans leur siècle et dans l'histoire de la République: où sont les écrivains qui prennent maintenant la parole au nom de la liberté, au nom du peuple?

A la Bibliothèque nationale de France, l'exposition consacrée à Zola donne la mesure de sa présence au monde. A gauche le contexte historique, à droite la vie personnelle, au centre les travaux de l'écrivain et en avant toute dans l'ordre chronologique. Un bilan des recherches, un outil pour les écoles. Une exposition pour tous? On entre, on ne sait pas où s'accrocher: longs textes affichés aux murs, grandes photographies, peintures, manuscrits, objets… On a le tournis. Il faut y mettre du sien avant de déchiffrer le dispositif. Voilà une exposition qui se mérite. Mais à la fin, on se dit: «Génial, ce Zola!»

A la Maison de Victor Hugo, il n'y a ni dispositif scientifique, ni chronologie, aucune clé. Mais c'est exprès. L'année Hugo n'a pas manqué d'expositions pédagogiques. Alors pourquoi pas une exposition capricieuse comme celle-ci, conçue par notre compatriote Harald Szeemann? Hugo a peint et dessiné. Szeemann provoque la rencontre de ses images avec celles d'artistes comme Markus Raetz, Gary Hill, Duchamp ou Beuys. A la manière d'une rêverie. Les visiteurs qui venaient voir comment vivait le géant dans son appartement parisien se demandent où sont passés les meubles. Mais finissent par s'amuser en regardant peintures, dessins, vidéos et installations. On se dit: «Génial, ce Hugo, mais les artistes contemporains ne se débrouillent pas si mal!»

Malgré la qualité technique de ces manifestations, malgré l'intérêt qu'y trouveront les visiteurs les mieux disposés ou la satisfaction que finiront par éprouver les plus endurants, et avant l'ouverture de l'exposition Roland Barthes au Centre Pompidou, on brûle de poser une question incorrecte: à qui sont-elles destinées?

Zola. Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, quai François-Mauriac, Paris, tél. 00331/53 79 59 59. Jusqu'au 19 janvier. Aubes. Rêveries au bord de Victor Hugo. Maison de Victor Hugo, 6, pl. des Vosges, Paris, tél. 00331/42 72 10 16. Jusqu'au 19 janvier.