Le Centre Pompidou crée sa première succursale. Ce sera Metz, en Lorraine (200 000 habitants). Un vrai musée de 10 000 à 12 000 m2, dont 7000 consacrés aux expositions. Argument de taille pour l'attribution du projet, le TGV Paris-Strasbourg-Allemagne sera inauguré en 2006-2007, en même temps que le Centre Pompidou de Metz. Il a fallu consoler les voisins de Nancy, ville rivale depuis toujours: son opéra deviendra le sixième opéra national de France.

Avec ses 50 000 œuvres, le Musée national d'art moderne (MNAM) est une des premières collections du monde (seul le MoMA de New York peut lui disputer cette place). Mais ses cimaises ne peuvent accueillir que 1300 œuvres et, malgré les rotations et le renouvellement périodique de la présentation, cela fait beaucoup de tableaux, de sculptures et d'installations qui ne sortent jamais des réserves.

Lors de sa rénovation complète, achevée en l'an 2000, le Centre a multiplié les expositions hors de ses murs. Ce qui a donné des idées à ses responsables (Jean-Jacques Aillagon, devenu président du Centre, avait pu constater le succès de ces opérations) et au Ministère de la culture (Jean-Jacques Aillagon, devenu ministre en mai dernier, n'a pas eu de peine à reprendre ce dossier).

Les musées à succursales sont à la mode depuis l'inauguration du Guggenheim de Bilbao. La fondation new-yorkaise s'emploie à multiplier ses pied-à-terre. Et la Tate Gallery de Londres essaime en Grande-Bretagne. Le Centre Pompidou lorgne maintenant au-delà des frontières françaises. A Paris, on rêve de Berlin. Reste à convaincre les Berlinois – les richesses du MNAM sont de nature à vaincre les réticences.

Ces «décentralisations» de patrimoines culturels ne sont pas une nouveauté. Dès le début du XIXe siècle, le Louvre confiait des chefs-d'œuvre aux grands musées de province. Il continue à le faire. Mais aujourd'hui, on voit plus grand. Et plus moderne. Car ces succursales sont en fait des musées en franchise. Les grandes institutions culturelles se transforment en entreprises multinationales organisées en réseau. Vues sous cet angle, la décentralisation et l'ouverture de nouvelles enseignes élargissent la distribution. Le pouvoir et le contrôle des collections, c'est-à-dire celui de la vraie richesse, restent au centre, et dans ce cas ils resteront à Paris, au Centre Pompidou bien sûr.