Yu Hua était, en septembre dernier, l'invité de la Fureur de Lire, nous l'avions rencontré dans ce cadre, avant la sortie de Brothers en français.

Samedi Culturel: Dans vos livres, vous parlez surtout du petit peuple, pourquoi?

Yu Hua: Je viens d'un village pauvre du Zhejiang. Je suis donc né au milieu de la pauvreté, même si mon père était médecin. Il est donc naturel qu'aujourd'hui je raconte la vie de ces gens.

Comment êtes-vous devenu écrivain?

J'ai grandi durant la Révolution culturelle. Je n'ai pas été à l'université car je n'ai pas passé ma dernière année de lycée. Je n'étudiais pas bien. Ensuite, au début des années 1980, les Chinois n'avaient pas le choix de leur travail. J'ai d'abord été assigné comme dentiste à 18 ans. Je détestais cela. Je travaillais dur et gagnais peu. J'ai fini, à 23 ans, par accéder à un poste dans un centre culturel. Il y avait beaucoup de formalités à passer et notamment démontrer qu'on était capable d'écrire. Je n'y avais pas songé auparavant. Je l'ai d'abord fait pour changer de métier. Au début je connaissais peu de caractères (environ 4000). Mais c'est ce qui a fait ma force. Mon écriture est simple, c'est devenu mon style, et c'est pourquoi les lecteurs m'apprécient. Aujourd'hui je connais 10000 caractères. Mais j'ai gardé cette simplicité. C'est ma marque. Au centre culturel, la vie était très agréable. Je gagnais toujours peu, mais on travaillait beaucoup moins. Puis en 1988, j'ai pu étudier deux ans et demi à l'Institut de littérature Lu Xun de Pékin avec Mo Yan et Xu Xing. C'est comme cela que je suis devenu écrivain.

Vous avez écrit sur le trafic de sang, la corruption, «Brothers» est également très critique. N'avez-vous jamais eu de problèmes avec la censure?

Non seulement mes livres ne sont pas interdits mais ils sont utilisés dans le cadre scolaire. Je m'attendais à être critiqué avec Brothers. Mais rien. Je ne sais pas pourquoi. C'est le signe que la Chine progresse, qu'elle ne cesse de s'ouvrir.

Pourquoi, alors que la Chine s'enrichit, demeurer dans la critique sociale?

Il y a beaucoup de riches en Chine aujourd'hui. Mais il y a encore beaucoup plus de pauvres! C'est un pays très inégalitaire. Le fossé est de plus en plus grand.

La pauvreté a pourtant diminué. Oui. Mais auparavant nous étions tous pauvres donc nous n'avions pas l'impression de l'être. Depuis qu'une partie de la population s'enrichit, le reste réalise qu'elle est pauvre. C'est de cela que parle Brothers. Et des relations entre générations. La Révolution culturelle est comparable à votre Moyen Age. Aujourd'hui Shanghai, Pékin sont des villes développées. Cela s'est fait en quarante ans, alors qu'il a fallu quatre siècles à l'Europe. Mais les campagnes chinoises, elles, sont toujours à l'état de Moyen Age. La situation actuelle m'inquiète. Le développement de la Chine détruit l'environnement et produit des inégalités criantes. Prochainement, je pense écrire sur l'environnement.