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La semaine culturelle

Ecriture-femme, rideau

Laurence Chauvy, critique d’art au «Temps» et écrivain – elle a publié «Messagères» à l’Age d’Homme en 2009 –, revient sur l’écriture des femmes

Parfumer de nostalgie cette évocation de l’écriture féminine? On s’avoue tenté, ou tentée: pourquoi se priver du e final désormais, n’est-il pas le sujet du texte? Pour à coup sûr plonger, ou se laisser tomber, dans le péché du passéisme, il suffira d’extraire de la bibliothèque, où il demeurait niché entre les ouvrages de Marguerite Duras et de Margaret Atwood, le sobre catalogue vêtu de vert des éditions des Femmes, version 1974-1979, les années glorieuses.

Comme les noms de ces auteurs semblaient doux et doucement compliqués sous la langue, Schavelzon, Chawaf, Cixous, Weinzaepflen. Leurs ouvrages charriaient des substances molles et suries telles que le lait et le sang, les étoffes et les humeurs dans tous les sens du terme. On ne saurait oublier la folie, thème porteur de plusieurs de ces romans-récits dus à des femmes, folles de n’avoir été lues, dans un premier temps, folles, disaient-elles, de n’avoir pu écrire à leur manière, au féminin.

On s’en est remis, pardon remise. Sans renier ces lectures on a regardé plus loin, ailleurs. Parfois on revient, le pied vague, vers les rayons féminins, par endroits féministes, de la bibliothèque enrichis au cours des ans, le pied vague et la larme à l’œil. Il arrive souvent qu’on extraie un volume, le pied vague et la main précise, car les volumes on les connaît bien, la larme à l’œil. Cette larme qui, coulerait-elle sur la page, y inscrirait un mot de plus. Un mot, des mots, de ceux (j’allais écrire de celles, tant le féminin, à l’usage, se révèle contagieux) qui nous ont rendues folles.

Osons-le, osons-la, pour dire la difficulté d’écrire dans la cahier, à la jour la jour, la difficulté d’écrire telle qu’on est, femme et pourtant écrivain dans l’âme et dans la corps, pas différente, car la langue, n’est-ce pas, est unisexe, mais femme aussi. De celles qui aux textes ont allié les chambres, les enfants, les forêts, les bêtes dévorées de vermine, les armoires hantées, les araignées tisseuses et cette immense lumière dans les yeux bordés de cils.

Difficile d’éviter les poncifs lorsqu’on se penche sur un tel thème. Il convient de noter l’importance d’une approche féminine de l’écriture, au départ, et le dépassement obligé qui, notre identité sinon trouvée du moins entraperçue, nous conduit à user de l’instrument commun, l’écriture, un écriture, une écriture, peu nous importe désormais.

Le matin naît en silence et tout à ses pensées. Une fois les volets ouverts, les yeux clairvoyants décryptent le rideau de dentelle. Ce sont des a, des b, des c, lettres dansantes qui se fixent dans le regard, de là se déposent sur la page vide matinale. Les mots bougent, s’écartent devant les images, sous les images naissent les mots. Mots et images se serrent, les mains nouées, en rang pénètrent dans la tête, la tête en est pleine, si lourde soudain. Un enfant s’approche qui d’une main soulève le rideau de mots, rideau de dentelle.

* Critique d’art au «Temps» et écrivain, «Messagères», L’Age d’Homme, 2009.

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