Des écritures contagieuses au Théâtre Am Stram Gram

Affiche Fabrice Melquiot dévoile une nouvelle saison ambitieuse, pour tous

Abolir la distance entre soi et le monde pour accéder à un ré­servoir d’énergie insoupçonné. L’autre jour, dans son beau théâtre de la route de Frontenex à Genève, Fabrice Melquiot n’officiait pas tant en maître de cérémonie, pour présenter sa future saison, que comme un sourcier à l’affût d’une énergie qui peut changer le cours des choses. Cette force vitale, qu’il voudrait insuffler aux spectateurs à travers son écriture et ses choix de programmation, il la traque. Autour de lui, on pouvait mesurer à quel point celui qui compte plus de 40 pièces à son répertoire conçoit son travail comme une mission. Et comment celle-ci déborde l’enceinte même d’Am Stram Gram.

Fièvre et poésie

Dès son arrivée à la tête de l’institution en 2012, le Français avait donné le ton de son am­bition. Ne pas cantonner le théâtre et le texte à la scène, en imaginant des rencontres plus informelles, comme la Brioche des mioches ­(petit déjeuner et spectacle), le Loto poétique (où la déclamation d’un poème suscite autant le frisson que la fièvre du jeu autour d’un filet garni) ou encore les bals littéraires (pour danser sur une histoire écrite à huit mains). Abolir la distance, pour que chacun puisse entrer dans la danse.

Fabrice Melquiot creuse ce sillon en reconduisant Le Théâtre c’est (dans ta) classe, qui convoque des artistes dans des écoles secondaires pour livrer un «théâtre à cru». Tout comme le Labo d’écriture, pour soutenir les premiers pas de ceux qui ont la flamme. Et, dès le mois d’octobre, un nouveau rendez-vous sera inauguré: les consultations poétiques. Aux côtés d’Hélène Hudovernik, de Sandra Korol, de Vincent Rime et de Mariama Sylla, il se rendra dans des cafés, à l’hôpital ou dans les transports publics pour proposer ses services. A chaque bobo exprimé, une cure sera délivrée sous la forme d’un poème et d’une conversation à partir du texte lui-même. Pour que les mots de Pessoa – «La poésie peut guérir tous les maux» – ne restent pas lettre morte.

Cet amour de la littérature et des auteurs, le directeur d’Am Stram Gram le souhaite contagieux. Après avoir adapté de fort belle manière le Frankenstein de Mary Shelley en 2012, il empoigne le chef-d’œuvre de Melville, Moby Dick, en ouverture de saison. La grande traversée, mise en scène par Matthieu Cruciani, se veut être un bain de langue énergisant (30 sept. - 5 oct.).

On peut aussi aimer les auteurs pour les échappées qu’ils nous inspirent. C’est le cas de Pauline Sales, qui propose une rêverie à partir du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare. Dans Cupidon est malade, Jean Bellorini dirige ces adolescents devenus adultes qui s’aiment puis se quittent sous le regard de leurs enfants (du 4 au 16 nov.).

Autre temps fort de la saison prochaine, la recréation d’un spectacle mythique de la maison: ­L’Histoire du soldat, d’après l’œuvre de Ramuz et Stravinski, dans une mise en scène d’Omar Porras. Une relecture endiablée du mythe ­faustien par le Teatro Malandro et l’Ensemble Contrechamps! (16 janv. - 3 fév.).

www.amstramgram.ch