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Making of: le choix des images

Ecrivain(e)s, victimes d’un cliché

Sait-on encore photographier les écrivain(e)s? Cette question a surgi pendant la préparation de ce numéro. Comme chaque semaine, les iconographes ont ­recherché les photos destinées à illustrer nos articles. Nos journalistes leur ont donné une liste d’auteurs: Christine Angot, Marie Nimier, etc., autant de belles figures de la littérature contemporaine. Mercredi, ils nous ont soumis leur moisson. Qu’avons-nous découvert? Des visages auréolés souvent d’un sourire de commande, dans l’euphorie d’un printemps publicitaire. Signe du temps, rien ne dénotait leur métier d’écrivain.

Faut-il regretter que les services de presse des éditeurs fournissent cette matière-là? Oui. Non. Chaque époque entretient un rapport particulier avec ses écrivains. L’après-guerre par exemple avait besoin de maître et de maîtresses: romanciers, romancières, penseurs, penseuses polarisaient une idée de nous. Choisissons au hasard cette image de Simone de Beauvoir, photographiée par ­Elliott Erwitt: devant une bibliothèque, son chignon rangé nous dit qu’il n’y a de pensée et de style qu’à l’ombre des livres. Représentation hautaine.

Prenons une autre image, ­Françoise Sagan, portraiturée par Jeanloup Sieff, au début des années 1960: la plage sur laquelle elle pose, les carreaux de sa chemise, la mer qui guette nous disent qu’il n’y a d’écriture que dans l’éblouissement d’un abandon. Vision luxueuse, mais heureuse.

Jetons à présent un œil sur le portrait de cette romancière d’aujourd’hui. Ses écrits sont délicats. Mais à l’image, son sourire est forcé jusqu’à la grimace. Sa robe elliptique lui donne un air de gambader, comme si elle était l’héroïne d’un clip pour une assurance vie. Masculin ou féminin, l’auteur s’est démocratisé, déjà dans les années 1970, dans le bain de la télévision: il s’invitait dans nos salons, c’était le principe d’une émission comme Apostrophes.

Le pli était pris. L’écrivain est aujourd’hui une figure du désir parmi d’autres, il n’a plus de corps propre. La plupart des photos fournies par les maisons d’édition obéissent à un cadrage télévisuel. Elles surjouent la séduction, au point d’en paraître évaporées. La maîtresse d’après-guerre est devenue potiche. Nous avons décidé, sur ce coup-là, de renoncer à leur support. Nostalgie? Question d’idéal, surtout.

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