fantastique

Les écrivaines victoriennes, maîtresses des fantômes

Surprise: à l’âge d’or des histoires de fantômes anglaises, la fin du XIXe siècle, la majorité des auteurs de nouvelles frissonnantes étaient des femmes. Le découvreur belge Jacques Finné propose une nouvelle anthologie d’histoires qui font peur, au féminin

La nouvelle qui donne son titre à l’anthologie L’Etreinte de glace est d’une fulgurance et d’une modernité folles pour son époque, 1860. En une grosse dizaine de pages, Mary Elizabeth Braddon décrit l’amour de Wilhelm, jeune artiste allemand, pour sa cousine. Ils se sont tout promis, elle lui a assuré son affection éternelle. Puis il s’en va courir l’Europe, il s’encanaille en Italie, pendant que Gertrud attend, et tombe malade. Mais son adoration, avait-elle dit, est éternelle… L’Etreinte de glace est écrite au présent, ce qui étonne d’entrée de jeu. Serré, le récit construit avec peu de moyens un puissant suspense poétique.

La Londonienne Mary Elizabeth Braddon (1835-1915) a eu une vie tumultueuse. Sa mère avait quitté son époux, un coup d’éclat pour l’époque. Elle-même s’est liée à un homme marié, père de six enfants, qu’elle complétera avec sept de leur propre engeance. Elle a un premier grand succès avec Le Secret de Lady Audley, seul roman un peu connu en terres francophones. Mary Elizabeth Braddon a tant écrit que, aujourd’hui encore, sa bibliographie reste imprécise, au moins 90 romans. Des histoires néogothiques, du policier naissant, et quelques nouvelles fantastiques.