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Photographie de lecteurs et lectrices au Livre sur les quais, Morges, 2015.
© Eddy Mottaz©

Livres

Les écrivains, des artistes comme les autres

ÉDITORIAL. Alors que débute la nouvelle édition du Livre sur les quais, le public rencontre les différents écrivains qui, à tort ou à raison, renvoient une image différente de celle que leur attribue notre imaginaire collectif

Le Livre sur les quais débute vendredi à Morges. S’il prenait à Balzac l’envie d’y faire un tour, ce week-end, il y a fort à parier qu’il lui faudrait un certain temps pour comprendre qu’il se trouve au cœur d’un festival d’écrivains. Les files d’attente pour une dédicace, les performances scéniques, les débats, les joutes de slam… On est loin de l’image d’Epinal, justement forgée au XIXe siècle, de l’écrivain solitaire, œuvrant loin de la foule, détaché autant que possible du tourbillon des contingences, loin du commerce, pour trouver le mot juste, celui qui fait voir et comprendre.

Lire aussi: Morges, la ville où se joue l’avenir des écrivains

Aujourd’hui, les écrivains, à Morges mais aussi à Genève, Lausanne, Sion descendent dans l’arène. Les ventes par livre diminuent? Le nombre de grands lecteurs aussi? Et la concurrence des loisirs numériques est chaque jour plus féroce? Il ne suffit plus de publier des livres. Il s’agit aussi de créer des événements pour en parler avec le public. Quel meilleur ambassadeur d’un livre que son auteur? Depuis une dizaine d’années, les festivals littéraires sont devenus des lieux de rencontre et de partage sur et autour des livres. Les écrivains ont joué le jeu, bénévolement, avec entrain le plus souvent. Emportés par la liesse de ces rassemblements populaires, peu nombreux étaient ceux qui pouvaient deviner le chambardement à l’œuvre.

Car ces festivals ont cristallisé une prise de conscience chez les écrivains, en germe depuis une quinzaine d’années: le hiatus entre l’image que véhicule leur pratique et sa réalité au jour le jour. Et cette réalité est celle de tout artiste: il faut du temps pour acquérir une maîtrise de son art, il faut du temps pour trouver les formes adéquates pour l’exprimer. Il faut encore plus de temps pour voir le monde tel qu’il a été, tel qu’il est et pourrait être. Et l’écrire.

Au milieu de la foule des festivals, nombreux sont les auteurs qui se sont retrouvés à cligner des yeux. Oui, ces années d’apnée, à soliloquer avec la page, sont des expériences hors du temps dont il vaut la peine de témoigner. De ces randonnées sauvages où l’on parle aux vivants et aux morts, on revient chargé de paroles différentes qui bousculent le quotidien. Manier ainsi le feu demande du métier. C’est un métier. Le rétribuer est la moindre des reconnaissances. Bien après la plupart des autres corps artistiques, les écrivains revendiquent une rétribution pour leurs apparitions devant le public, nouvelle scène de partage des livres. La gratuité de ces festivals a longtemps faussé la donne, banalisant les trésors réunis. Et si maintenant c’était au tour des spectateurs, des festivaliers de faire leur propre révolution et de participer aussi à la reconnaissance des poètes?

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