Il est encore possible pour un chanteur de se faire connaître sans avoir gagné un concours télévisé ni être chaperonné par une redoutable équipe marketing. Depuis qu’il a 16 ans, Ed Sheeran aligne les concerts. Résultat, il vend des milliers d’albums autoproduits et se constitue via le Net un solide réseau de fans. A 19 ans, l’Anglais est aujourd’hui sous contrat avec Atlantic. Son premier album sort ces jours en Angleterre et en janvier dans le reste de l’Europe, tandis que son single «The A Team» – une ritournelle folk fort plaisante – risque bien de devenir un tube. Préparez-vous!

Voilà ce que j’écrivais en septembre 2011, peu avant la sortie de «+», premier enregistrement officiel d’Ed Sheeran, ce petit rouquin né en 1991 à Halifax, dans le West Yorkshire. Loin de moi l’idée de faire croire que je savais à quel point le chanteur allait devenir énorme. Simplement, alors que cinq ans et demi plus tard, certains s’étonnent de son succès – il est l’un des plus gros vendeurs de disques du monde –, il est utile de rappeler que les médias britanniques, dès ses débuts, ont tout fait pour l’imposer. Faisant de lui un artiste à suivre, ils ont réussi à en faire une star avant qu’il ne le soit véritablement.

Normal et accessible

Cette semaine, on a beaucoup entendu parler d’Ed Sheeran. Parce qu’il était dimanche au Hallenstadion zurichois, jouant devant 14 000 personnes qui s’étaient arraché les billets en quelques minutes. Par conséquent, ceux qui n’ont pas suivi sa carrière s’interrogent. Comment l’Anglais en est-il arrivé là, alors que franchement, il ne chante pas mieux que nombre d’autres chanteurs, et n’a pas le physique de Justin Timberlake ou de Chris Martin?

«Il cultive une image d’homme normal et accessible», a glissé Darius en introduisant un sujet du 19h30. Voilà, c’est ça: Ed Sheeran, c’est un mec comme les autres, dont le seul talent, dit-il, est de savoir composer des chansons que les gens semblent aimer. A l’heure des artistes ultracalibrés et de la multiplication des émissions offrant la chance à n’importe qui – ou presque – de réussir, Ed Sheeran, c’est un petit gars qui pourrait être notre voisin (voir son apparition dans le navrant troisième épisode des aventures de «Bridget Jones»), qui mène une vie normale loin des excès et des tabloïds.

En avril 2011, il était adoubé par la BBC à l’enseigne de l’émission phare «Later… with Jools Holland». Cela faisait alors déjà sept ans qu’il écrivait et enregistrait, sans véritablement chercher à se faire connaître. «Tout vient à point à qui sait attendre», dit le proverbe. Voilà dans le fond pourquoi, au-delà d’une pop aux accents parfois folk ou hip-hop résolument passe-partout et sans aspérités, Ed Sheeran a quelque chose de profondément consensuel. Il ne semble pas fabriqué, il a quelque chose de vrai, d’honnête. Impossible de le détester, il n’agace pas. Ed Sheeran pourrait être vous ou moi. Presque.